13/07/2007
L'ivresse des simples
— cinéroman — (Extrait)
À notre adolescence sans fin !
(aurélien réal)
ESPACE BLANC DU SON DE LA LUMIÈRE, AINSI DEPUIS TOUJOURS.
Voix de l’écri-vent :
Des ténèbres blanches, d’où le Tout est, viennent les simples, du pays d’avant-naître…
Retournent en l’étendue vierge quand s’achève le jeu de leur destin… Tout germe de vie de la naissance à la mort est marqué du sceau de la souffrance et de la nostalgie… Nostalgia ! C’est pourquoi de ce sceau l’appel et le rappel dont nos vies sont des exercices de pertes… figures humaines en (t)races biographiques ? Tandis qu’au regard du monochrome blanc, toute biographie n’est que l’oubli du négatif en pure perte ! Cela étant, les biographies des phrères simplistes du Grand Jeu qui voulaient jouer à « qui perd gagne » laissent quelques traces non d’une identité, mais de sa déprise… mues sur la route d’aucun chemin. Mues qui saignent la perte des peaux d’illusions successives du « moi » dans le travail du chemin-de-d’œil. Toutes les vies sont de la Vie l’esquisse et l’aventure… Toute autobiographie, biographie ou hagiographie ne sont pour nous qu’ignorance du fait que les traces d’une vie ne disent rien de cela qui advient ! Chaque rêve de vie (lieux et conditions de naissance et de mort, événements sociaux, rencontres, écrits, photos…) n’étant que le négatif de surface d’un univers inconnu dont « quelqu’un » serait l’improbable reflet, l’ombre d’un étrange travail de renversement… La métaphysique expérimentale serait alors en contre-nuit des films et romans d’une fiction de vie rêvée dans le tragique… Ce cinéroman comme retournement de tous les genres pour le retour à tout. Ascèse de désillusion des genres de nos vies, exercice de littérature expérimentale par l’intelligence du cœur qui aspire à fondre en l’œuvre de la conscience vivante du poète d’aucun rêve, ni d’arrière monde ni de devant monde… libre des livres et des devoirs. Vision-du-feu des fragments de bois morts ! Re-trouver l’espace vierge de l’espèce !
La voix s’éteint et se résorbe dans le soir blanc laiteux du silence
Ouverture au blanc sur la chanson « Grace » de Jeff Buckley
1. EXTÉRIEUR JOUR — ÉTENDUE D’HERBE PRÈS D’UN FORT
Vivre. Concentré dans le vol de l’aigle au-dessus du cirque des montagnes. Le bleu. L’immensité du bleu coulant en particules. Milliards gouttes, du bleu diffracté, de la blanche, dévalent, solaires. Les temps s’effondrent. Croule le son des astres vrombit l’oreille sidérale. Facettes diamants en fracas d’éclats. Les lignes s’effritent onde. Le soleil, héraut fuse jusque-là. Quelques battements d’ailes, virent vite. Le cri de l’aigle. Les jets couleurs, angle des oiseaux. Vaste. Les quelques passants de coton dans la bleuité rêveuse des vents. Courants cosmiques, souffle. L’évanouissement, étendue sans bord. Rires de l’inexistence. Les rêves crevés naissent en allée ! Épars pensés en ferraille passent. L’esprit cavale, sidération des yeux à nerf, vision au cœur expirant. Rythme d’inspir-expir. Tac tic la peur du temps, shoot des horloges, ailleurs dans la vallée. L’aigle – laisses du ciel, cercles, étages d’éther fourbe, – au cri ! Grâce ! Perçant Flavio. Adolescence, notre, étendue d’herbe, les paumes le ciel, un joint les lèvres. Fronde sur le front, l’aigle visionné.
Voix off de Roger Gilbert-Lecomte :
– Je ne sais si je suis vivant ou mort. Niant la vie niant la mort je renais pré-natal.
Flavio ferme les yeux, jette le joint et se roule dans l’herbe dans un sanglot.
2. FLASH JOUR — INTÉRIEUR CHAMBRE D’HÔTEL
En pure perte ? Dans une chambre de bonne de Paris, en 1944. Très peu de lumière pénètre ce lieu, cette matinée. Les rideaux sont fermés. Tu devines un corps dans le lit, un drap remonte sur son visage. Mort ? Non. L’imperceptible souffle fait gonfler en bulle l’étoffe grise. La tombée des gouttes d’eau dans l’évier. Espaces réguliers, le temps des crans, gifles de l’étendue de nos corps naissant à l’agonie. Quelques craquements, le parquet. Les tissus de nos corps en transe jouissent de douloureuses forces. Les déplacements infinitésimaux de l’ostéopathie de ta charpente sonore te fondent ? La pénombre de la pièce révèle le climax qui te ressemble. L’immobilité des choses mouvantes te charme. Papiers sur la table, cartable de cuir ridé marron que supportent les pieds d’une chaise. Seringue et garrot sur la table vermoulue du chevet. Lit. Égrainement des voix qui se sont tues ! La rue. Un ronflement d’absorption. Le dedans de l’homme, oh ! Le corps frissonne ?
Insert subjectif
Un embryon dans un ventre, nage ? Nuit et lumière. Clapotements amniotiques. Éclairs et tremblement dans la fureur des organes pompés, la larve future des larmes. Chant des baleines. S’engage le ciel d’une nuit cosmique. Voyage d’espace nous sonde. Paix de l’immensité. En fondu prénatal le ventre du cosmos qui s’éclipse en sevrage dans le cadavre. Entre l’antre cadastré des clivages à faire péter, sage ?
Voix off de R. Gilbert-Lecomte :
– Contemplez de vous le moi mort en creux ! Contre-corps des ivres virages du ravage d’un. Le sang en échos grêle sur vos sanglots ! La peine, pitance des chiens. Re-naître pré-natal inhumé dans la paix stellaire de la stupeur, ébloui, fixe.
3. FLASH DU PASSÉ — EXTÉRIEUR JOUR, COURS DE RÉCRÉATION
Année 1923. Reims la détruite, la plate.
Cour d’école à l’heure de la récréation. Groupes. Les uns jouent aux gendarmes et aux voleurs, d’autres aux billes… Au fond de la cour, un petit groupe de quatre adolescents de 15 ans. Il y a Roger Gilbert-Lecomte (dit « Coco de Colchyde » ou « Rog Jarl »), le plus grand d’entre eux, au regard supérieurement bleu d’inconnu. Puis René Daumal (« Phils » ou « Nathaniel »), brun au regard franc mais réservé dans la communication. Robert Meyrat (dit « la Stryge ») esthète de la nuit au regard magnétique. Le quatrième, Roger Vailland (dit « Dada » ou « François ») filiforme au visage d’angles. Ce sont les quatre « Phrères simplistes », comme ils se nomment, les quatre R de l’espace venus tout droit de l’étoile connivence. Les immémoriaux ! S’incarnent à certaines époques, poursuivent le voyage vers… sèment la panique sur terre.
Des enfants s’empoignent violemment, s’insultent, certains se promènent à deux, indifférents, les billes des balles. Le maître d’école sépare, réprimande, enquête, réconcilie, fait leçon de morale au dessus des yeux, les fenêtres. Quelques jaloux tournent autour des phrères simplistes sans pouvoir approcher, l’œil du maître très sévère.
Voix du chœur des Simples :
– Sperme dans l’ovule du monde, chair d’un seul Éclat.
Nous sommes funèbre adolescence, les héros d’if,
L’infini en d’immémoriales ténèbres, béats…
De nos souches en têtes couronnées, nostalgie, poussifs,
La ligne claire. Pointes du diamant noir, pro-jet blanc.
Ah ! Ah ! Ah !
Bulles de savon s’élèvent dans l’air aux reflets…
4. EXTÉRIEUR JOUR — RUE DE MONTRÉAL
Un jeune homme, aux cheveux bruns et longs, au grand front, affronte la foule ; une détermination de foudre dans les yeux. Tendu tel un arc, Vivien s’élance pour son exercice : la tentation de la mort. N’être plus là ! Corps né nu pour la mort. En cette journée de printemps la neige de l’hiver fond de blanc l’homme. Chaque pas une attention de l’extrême. Cruelle. S’écrouler raide mort au prochain passage pour piétons. Gisant face au ciel. Toute son énergie se rassemble dans une intensité panique qui flirte avec un calme surhumain. Témoin de chaque pas. Gramme de sa chair dans la sensation. Articulations au son du dépli des os. La pression du vent du Nord. Gerçures. La peau, douleur en baiser. Les sons de la rue. Un tout distinct se détache en vapeur. Chaque objet, chaque ligne couleur pénètre la rétine, transforme le monde dans le cerveau. La pensée se percevant dans une bulle… Une jeune fille heurte. Le chien aboie. Les insultes fusent. Klaxons inhabituels. Le rythme devient égal, posé dans le souffle de l’expirant. Le passage pour piétons se fait proche, redouté et chéri. Le compte à rebours est lancé, la pensée entame son décompte. Les chairs mouillées, l’angoisse perle dans le dos, les aisselles ; le ventre entonne son chant au son de cor de chasse dans un désir inédit. Le vide à portée des yeux dans les pas. Précipice zéro. Temps/espace en vrille. Homme venant de face, miroir, traversant avant lui (?) s’effondre en plein milieu. Stupeur générale. Brouhaha. Affolement. Cris. Sirènes. Trou. Mouvements de corps, béance, le bitume. Les yeux croisent le fer. Exaltations. Vision immobile. Nage dans le trouble, Vivien.
Fondu au noir
5. SUR UNE MUSIQUE DE SCELSI, “ RENOVATUR” — ESPACE VIDE — NUIT DES CLAVICULES
Homme, nu au centre de la pièce se tient droit comme un I. Dans une lumière expressionniste, l’ombre de l’homme, portée sur le mur, démesurément grande, fait les cent pas nerveusement. Le corps de l’homme au centre de la pièce posé comme un I, si petit dans la lumière — il porte sa main droite à la clavicule gauche.
Nathaniel
Un plus un égal un. Un plus un égale un.
Et 315 789 601 + 2 210 333 = 317 999 934
La lumière s’est faite de son jet-je jaillissant, infiniment lumière. Ainsi, je-jet jaillissant lumière n’est à personne.
L’ombre nerveuse arpente les murs. Maugréer, se tordre les doigts, grimaces le masque du visage. Mur. La main d’attraper cet I d’homme nu. Vocable viatique de sa reddition. L’horrible de l’ombre.
L’ombre
Non, non et encore non par mon corps, non.
Si petit, la main droite sur sa clavicule gauche. La clavicule gauche imperceptiblement se met à bouger, pendant que le regard se braque sur l’ombre qui désire fuir.
Nathaniel
Oui est mon nom au non. Oui, oui est mon non. Oui offrande de lumière, négation de l’ombre de je.
L’ombre menace la pièce qui désire l’homme nu, si petite lumière.
L’homme nu, si petite lumière, éclat du rire je-jet jaillissant, grandit imperceptiblement. La clavicule en jeu se déploie délicatement. Oui de chaque note
au-dedans du rire explose le non.
L’ombre
Sang de mes yeux, je renie le oui. Lumière des lâchetés d’idéal ! Je de nuit en nuit mon désir te suce la sève par le sexe en ta personne alitée. Murs, suave finitude. Deux, double redouble, avance encore devant toi-même, laisse-toi aspirer panse. Peux-tu ? Au creux silex de la question fantasme de lumière. Je suis les corps en tension.
Sublime du désir des rouges. Accepte mon ombre gardienne de la réalité double. Mal à qui pourrait y chercher passage ! Ah ! Ah ! Ah !
L’ombre se multiplie. Se querelle en nombre. L’une tombe, l’autre se relève, l’une ricane, l’autre pleure, l’une menace, l’autre devient limace. Addition addiction soustraction division. L’une hyène, l’autre lion, ainsi, ainsi, la clavicule se déploie. L’homme nu imperceptiblement toujours grandit. Sons de la tempête.
Nathaniel
L’affirmation sainte négation de ton non femelle. Oui à ton non. Oui au oui !
L’ombre
J’encuuuuuuuuuuuuuuuuuuuule ton oui aux couilles de tes diatribes d’insecte mou. Potache métaphTysique de tes embrouilles serviles… Guerre à ton ascendance. Guerre !
L’homme nu qui grandit imperceptiblement au centre de la pièce lâche sa clavicule gauche. Se déploie papillon. Sa main gauche s’élance vers la clavicule droite.
Nathaniel
Le pur OUI que l’on recouvre du nom de Dieu ne me servira plus de rien car il est de l’ombre la distance…
L’ombre
Non, non, non, non et non. Bluff. Blague. Je te maudis. Te rage. Te braque. Te suce. Te menace. Tu es ma peau la forme de ma vie. Reviens ou je te…
L’ombre vitupère, se calcine, pisse, hurle, meugle, chie, dégaine l’arme menaçante. Injure extrême de toutes les ombres dans un gigantesque catafalque de refus en avalanche d’eau sur le feu de l’imperceptible grandir juste du je jet………………………………………….l’homme tremble face,
Des ténèbres blanches, d’où le Tout est, viennent les simples, du pays d’avant-naître…
Retournent en l’étendue vierge quand s’achève le jeu de leur destin… Tout germe de vie de la naissance à la mort est marqué du sceau de la souffrance et de la nostalgie… Nostalgia ! C’est pourquoi de ce sceau l’appel et le rappel dont nos vies sont des exercices de pertes… figures humaines en (t)races biographiques ? Tandis qu’au regard du monochrome blanc, toute biographie n’est que l’oubli du négatif en pure perte ! Cela étant, les biographies des phrères simplistes du Grand Jeu qui voulaient jouer à « qui perd gagne » laissent quelques traces non d’une identité, mais de sa déprise… mues sur la route d’aucun chemin. Mues qui saignent la perte des peaux d’illusions successives du « moi » dans le travail du chemin-de-d’œil. Toutes les vies sont de la Vie l’esquisse et l’aventure… Toute autobiographie, biographie ou hagiographie ne sont pour nous qu’ignorance du fait que les traces d’une vie ne disent rien de cela qui advient ! Chaque rêve de vie (lieux et conditions de naissance et de mort, événements sociaux, rencontres, écrits, photos…) n’étant que le négatif de surface d’un univers inconnu dont « quelqu’un » serait l’improbable reflet, l’ombre d’un étrange travail de renversement… La métaphysique expérimentale serait alors en contre-nuit des films et romans d’une fiction de vie rêvée dans le tragique… Ce cinéroman comme retournement de tous les genres pour le retour à tout. Ascèse de désillusion des genres de nos vies, exercice de littérature expérimentale par l’intelligence du cœur qui aspire à fondre en l’œuvre de la conscience vivante du poète d’aucun rêve, ni d’arrière monde ni de devant monde… libre des livres et des devoirs. Vision-du-feu des fragments de bois morts ! Re-trouver l’espace vierge de l’espèce !
La voix s’éteint et se résorbe dans le soir blanc laiteux du silence
Ouverture au blanc sur la chanson « Grace » de Jeff Buckley
1. EXTÉRIEUR JOUR — ÉTENDUE D’HERBE PRÈS D’UN FORT
Vivre. Concentré dans le vol de l’aigle au-dessus du cirque des montagnes. Le bleu. L’immensité du bleu coulant en particules. Milliards gouttes, du bleu diffracté, de la blanche, dévalent, solaires. Les temps s’effondrent. Croule le son des astres vrombit l’oreille sidérale. Facettes diamants en fracas d’éclats. Les lignes s’effritent onde. Le soleil, héraut fuse jusque-là. Quelques battements d’ailes, virent vite. Le cri de l’aigle. Les jets couleurs, angle des oiseaux. Vaste. Les quelques passants de coton dans la bleuité rêveuse des vents. Courants cosmiques, souffle. L’évanouissement, étendue sans bord. Rires de l’inexistence. Les rêves crevés naissent en allée ! Épars pensés en ferraille passent. L’esprit cavale, sidération des yeux à nerf, vision au cœur expirant. Rythme d’inspir-expir. Tac tic la peur du temps, shoot des horloges, ailleurs dans la vallée. L’aigle – laisses du ciel, cercles, étages d’éther fourbe, – au cri ! Grâce ! Perçant Flavio. Adolescence, notre, étendue d’herbe, les paumes le ciel, un joint les lèvres. Fronde sur le front, l’aigle visionné.
Voix off de Roger Gilbert-Lecomte :
– Je ne sais si je suis vivant ou mort. Niant la vie niant la mort je renais pré-natal.
Flavio ferme les yeux, jette le joint et se roule dans l’herbe dans un sanglot.
2. FLASH JOUR — INTÉRIEUR CHAMBRE D’HÔTEL
En pure perte ? Dans une chambre de bonne de Paris, en 1944. Très peu de lumière pénètre ce lieu, cette matinée. Les rideaux sont fermés. Tu devines un corps dans le lit, un drap remonte sur son visage. Mort ? Non. L’imperceptible souffle fait gonfler en bulle l’étoffe grise. La tombée des gouttes d’eau dans l’évier. Espaces réguliers, le temps des crans, gifles de l’étendue de nos corps naissant à l’agonie. Quelques craquements, le parquet. Les tissus de nos corps en transe jouissent de douloureuses forces. Les déplacements infinitésimaux de l’ostéopathie de ta charpente sonore te fondent ? La pénombre de la pièce révèle le climax qui te ressemble. L’immobilité des choses mouvantes te charme. Papiers sur la table, cartable de cuir ridé marron que supportent les pieds d’une chaise. Seringue et garrot sur la table vermoulue du chevet. Lit. Égrainement des voix qui se sont tues ! La rue. Un ronflement d’absorption. Le dedans de l’homme, oh ! Le corps frissonne ?
Insert subjectif
Un embryon dans un ventre, nage ? Nuit et lumière. Clapotements amniotiques. Éclairs et tremblement dans la fureur des organes pompés, la larve future des larmes. Chant des baleines. S’engage le ciel d’une nuit cosmique. Voyage d’espace nous sonde. Paix de l’immensité. En fondu prénatal le ventre du cosmos qui s’éclipse en sevrage dans le cadavre. Entre l’antre cadastré des clivages à faire péter, sage ?
Voix off de R. Gilbert-Lecomte :
– Contemplez de vous le moi mort en creux ! Contre-corps des ivres virages du ravage d’un. Le sang en échos grêle sur vos sanglots ! La peine, pitance des chiens. Re-naître pré-natal inhumé dans la paix stellaire de la stupeur, ébloui, fixe.
3. FLASH DU PASSÉ — EXTÉRIEUR JOUR, COURS DE RÉCRÉATION
Année 1923. Reims la détruite, la plate.
Cour d’école à l’heure de la récréation. Groupes. Les uns jouent aux gendarmes et aux voleurs, d’autres aux billes… Au fond de la cour, un petit groupe de quatre adolescents de 15 ans. Il y a Roger Gilbert-Lecomte (dit « Coco de Colchyde » ou « Rog Jarl »), le plus grand d’entre eux, au regard supérieurement bleu d’inconnu. Puis René Daumal (« Phils » ou « Nathaniel »), brun au regard franc mais réservé dans la communication. Robert Meyrat (dit « la Stryge ») esthète de la nuit au regard magnétique. Le quatrième, Roger Vailland (dit « Dada » ou « François ») filiforme au visage d’angles. Ce sont les quatre « Phrères simplistes », comme ils se nomment, les quatre R de l’espace venus tout droit de l’étoile connivence. Les immémoriaux ! S’incarnent à certaines époques, poursuivent le voyage vers… sèment la panique sur terre.
Des enfants s’empoignent violemment, s’insultent, certains se promènent à deux, indifférents, les billes des balles. Le maître d’école sépare, réprimande, enquête, réconcilie, fait leçon de morale au dessus des yeux, les fenêtres. Quelques jaloux tournent autour des phrères simplistes sans pouvoir approcher, l’œil du maître très sévère.
Voix du chœur des Simples :
– Sperme dans l’ovule du monde, chair d’un seul Éclat.
Nous sommes funèbre adolescence, les héros d’if,
L’infini en d’immémoriales ténèbres, béats…
De nos souches en têtes couronnées, nostalgie, poussifs,
La ligne claire. Pointes du diamant noir, pro-jet blanc.
Ah ! Ah ! Ah !
Bulles de savon s’élèvent dans l’air aux reflets…
4. EXTÉRIEUR JOUR — RUE DE MONTRÉAL
Un jeune homme, aux cheveux bruns et longs, au grand front, affronte la foule ; une détermination de foudre dans les yeux. Tendu tel un arc, Vivien s’élance pour son exercice : la tentation de la mort. N’être plus là ! Corps né nu pour la mort. En cette journée de printemps la neige de l’hiver fond de blanc l’homme. Chaque pas une attention de l’extrême. Cruelle. S’écrouler raide mort au prochain passage pour piétons. Gisant face au ciel. Toute son énergie se rassemble dans une intensité panique qui flirte avec un calme surhumain. Témoin de chaque pas. Gramme de sa chair dans la sensation. Articulations au son du dépli des os. La pression du vent du Nord. Gerçures. La peau, douleur en baiser. Les sons de la rue. Un tout distinct se détache en vapeur. Chaque objet, chaque ligne couleur pénètre la rétine, transforme le monde dans le cerveau. La pensée se percevant dans une bulle… Une jeune fille heurte. Le chien aboie. Les insultes fusent. Klaxons inhabituels. Le rythme devient égal, posé dans le souffle de l’expirant. Le passage pour piétons se fait proche, redouté et chéri. Le compte à rebours est lancé, la pensée entame son décompte. Les chairs mouillées, l’angoisse perle dans le dos, les aisselles ; le ventre entonne son chant au son de cor de chasse dans un désir inédit. Le vide à portée des yeux dans les pas. Précipice zéro. Temps/espace en vrille. Homme venant de face, miroir, traversant avant lui (?) s’effondre en plein milieu. Stupeur générale. Brouhaha. Affolement. Cris. Sirènes. Trou. Mouvements de corps, béance, le bitume. Les yeux croisent le fer. Exaltations. Vision immobile. Nage dans le trouble, Vivien.
Fondu au noir
5. SUR UNE MUSIQUE DE SCELSI, “ RENOVATUR” — ESPACE VIDE — NUIT DES CLAVICULES
Homme, nu au centre de la pièce se tient droit comme un I. Dans une lumière expressionniste, l’ombre de l’homme, portée sur le mur, démesurément grande, fait les cent pas nerveusement. Le corps de l’homme au centre de la pièce posé comme un I, si petit dans la lumière — il porte sa main droite à la clavicule gauche.
Nathaniel
Un plus un égal un. Un plus un égale un.
Et 315 789 601 + 2 210 333 = 317 999 934
La lumière s’est faite de son jet-je jaillissant, infiniment lumière. Ainsi, je-jet jaillissant lumière n’est à personne.
L’ombre nerveuse arpente les murs. Maugréer, se tordre les doigts, grimaces le masque du visage. Mur. La main d’attraper cet I d’homme nu. Vocable viatique de sa reddition. L’horrible de l’ombre.
L’ombre
Non, non et encore non par mon corps, non.
Si petit, la main droite sur sa clavicule gauche. La clavicule gauche imperceptiblement se met à bouger, pendant que le regard se braque sur l’ombre qui désire fuir.
Nathaniel
Oui est mon nom au non. Oui, oui est mon non. Oui offrande de lumière, négation de l’ombre de je.
L’ombre menace la pièce qui désire l’homme nu, si petite lumière.
L’homme nu, si petite lumière, éclat du rire je-jet jaillissant, grandit imperceptiblement. La clavicule en jeu se déploie délicatement. Oui de chaque note
au-dedans du rire explose le non.
L’ombre
Sang de mes yeux, je renie le oui. Lumière des lâchetés d’idéal ! Je de nuit en nuit mon désir te suce la sève par le sexe en ta personne alitée. Murs, suave finitude. Deux, double redouble, avance encore devant toi-même, laisse-toi aspirer panse. Peux-tu ? Au creux silex de la question fantasme de lumière. Je suis les corps en tension.
Sublime du désir des rouges. Accepte mon ombre gardienne de la réalité double. Mal à qui pourrait y chercher passage ! Ah ! Ah ! Ah !
L’ombre se multiplie. Se querelle en nombre. L’une tombe, l’autre se relève, l’une ricane, l’autre pleure, l’une menace, l’autre devient limace. Addition addiction soustraction division. L’une hyène, l’autre lion, ainsi, ainsi, la clavicule se déploie. L’homme nu imperceptiblement toujours grandit. Sons de la tempête.
Nathaniel
L’affirmation sainte négation de ton non femelle. Oui à ton non. Oui au oui !
L’ombre
J’encuuuuuuuuuuuuuuuuuuuule ton oui aux couilles de tes diatribes d’insecte mou. Potache métaphTysique de tes embrouilles serviles… Guerre à ton ascendance. Guerre !
L’homme nu qui grandit imperceptiblement au centre de la pièce lâche sa clavicule gauche. Se déploie papillon. Sa main gauche s’élance vers la clavicule droite.
Nathaniel
Le pur OUI que l’on recouvre du nom de Dieu ne me servira plus de rien car il est de l’ombre la distance…
L’ombre
Non, non, non, non et non. Bluff. Blague. Je te maudis. Te rage. Te braque. Te suce. Te menace. Tu es ma peau la forme de ma vie. Reviens ou je te…
L’ombre vitupère, se calcine, pisse, hurle, meugle, chie, dégaine l’arme menaçante. Injure extrême de toutes les ombres dans un gigantesque catafalque de refus en avalanche d’eau sur le feu de l’imperceptible grandir juste du je jet………………………………………….l’homme tremble face,
22:32 Publié dans La Soeur de l'ange - 5 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : aurélien, réal, soeur, ange, grand, souffle, simple



