20/07/2007
Encore un effort
L’expérience nue de l’homme cru
à propos d’un écrit d’(aurélien réal)
Alain Jugnon
« Sans Dieu ni Mort ! »
L’imp(a)nsable
Je pense que l’expérience dont parle (aurélien réal) dans son livre L’expérience nue est bien celle qui prend forme et qui prend la route, pour la première fois au monde, à la fin du récit de René Daumal intitulé La grande beuverie publié en 1938, la même année que La nausée de Jean-Paul Sartre. J’irais même jusqu’à dire que l’expérience d’(aurélien réal) doit tout autant à la beuverie daumalienne qu’à la nausée sartrienne. De par une nécessité absolue, propre à cette présentation comme à l’expérience dont il est question, il faut rappeler avec précision l’état du corps et donc de l’être qui se met en branle à la fin de ce récit de René Daumal (quant à La nausée, la place ici manque, ce n’est pas le propos, et chacun pourra s’y reporter en toute tranquillité, tout le roman de Sartre est une expérience, il suffit d’y lire ce qui y est).
Dans le « roman » de Daumal, le narrateur, à ce moment de la grande beuverie, après de nombreuses aventures pataphysiques, autrement dit physiques ET métaphysiques, se retrouve, enfin seul (tel Antoine Roquentin dans sa nausée), conscient d’être et d’habiter à l’intérieur de lui-même : celui qui parle ici vient de remettre en marche depuis son intérieur sa machine extérieure. À l’intérieur, toute une maison, avec ses meubles, ses appareils, ses ustensiles et ses dispositifs, à l’extérieur le corps unique d’un individu particulier qui occupe sa place dans le monde des hommes.
L’image est inédite et nous pensons qu’elle est en totalité ce que l’expérience d’(aurélien réal) reproduit en 2006. Tout, en fait, dépend du point de vue où l’on se place soi-même : devant la grande beuverie, devant l’expérience nue, mais aussi devant la nausée.
Une dernière chose : en lisant, se faire à l’idée que le « je » qui parle se situe d’une part à l’intérieur de lui-même (physiquement), tout en étant, d’autre part, saisi (physiquement) par le monde depuis son extérieur.
« Je m’habillai et sortis dans la rue. Je marchai longtemps, laissant mes jambes me conduire. Que le monde était beau – l’humanité à part - ! Chaque chose à chaque instant accomplissait l’action nécessaire, sans discuter. L’unique unique sans s’altérer se niait indéfiniment en infinité d’unités qui reconfluaient en lui, la rivière allait mourir en mer, la mer en nue, la nue en pluie, la pluie en sève, la sève en blé, le blé en pain, le pain en homme – mais ici, cela n’allait plus tout seul, et l’homme regardait tout cela de l’air ahuri et mécontent qui le distingue entre tous les animaux de la planète. Du haut en bas et du bas en haut, chaque chose – à part l’humanité – décrivait le cercle de sa transformation. Un tourbillonnement de plus en plus compact descendait jusqu’à la Terre, où le lourd protoplasme aux molécules trop grosses, ne pouvant plus descendre, se retournait et lentement remontait le courant, du bacille au cèdre, de l’infusoire à l’éléphant. Et le mouvement de ce cercle aurait été parfait de toute éternité, n’eût été l’humanité, rebelle à la transformation, qui essayait péniblement de vivre pour son compte dans la petite tumeur cancéreuse qu’elle faisait sur l’univers. »
Juste avant les flammes, les pierres.
L’expérience nue d’(aurélien réal) prend à son compte (premier moment) la pierre humaine : ce que Daumal, lui nomme la maison mobile, cette chose-en-mouvement-qui-dit-je. (aurélien réal) expose tout d’abord l’état de cela qui le fait être ce qu’il EST : un corps rendu malade par le monde (nous sommes à l’époque du réchauffement climatique de la planète dû à l’émission des gaz à effets de serre) et présenté beau et grand dans sa maladie. Nommons-le à notre tour : corps-en-vie, ou corps souverain (pour Georges Bataille, c’est la souveraineté même, liée en devenir à son impossible).
Le protoplasme prend place : une sorte de phasme (je pense surtout au "phasme morose", carausius morosus, mon cher Lautréamont), le milieu c’est lui, lui c’est l’alentour et c’est l’univers, mais sans cycle, sans loi naturelle de transformation, sans aucune alchimie, à peine une légère chimie matérielle et matricielle, juste là pour la chute, l’erreur et les maladies.
Le réel « à part l’humanité » est tout le réel, au détail près, tragique, que l’humanité est la pierre de touche de l’ensemble : c’est son immobilité qui pousse le mouvement du tout, sa flèche donne le nord de toutes les boussoles.
Sans cela : rien.
Sans dieu non plus, bien que dieu n’existe pas. Sans mort, idem : même si la mort n’existe pas. Mais nous sommes, nous maisons mobiles, ceux, hommes creux, qui inventons le dieu, puis la mort. Je parle de ce en quoi nous consistons mais qui, nécessairement, n’est rien de réel par lui-même : le dieu et la mort. Rien d’autre.
Il faut lire à ce sujet tous les livres de Bernard Stiegler.
Cela s’écrit dans les chairs, cette immobilité. Ecrit-on pour d’autres raisons un récit ? Non, on écrit la vie et c’est ainsi que la philosophie survit. Sinon : qu’elle crève, la philosophie. (aurélien réal) a compris précisément cela (à propos de la philosophie, de la vie…). Il traite UNE question et se traite vivant dans cette unique question :
Qu’est-ce que je deviens ?
La mise en scène est celle de ce que je pense être un être, une image et une image de la pensée : l’homme cru.
La pierre qui s’enflamme est l’homme cru (second moment).
L’homme cru, le protoplasme, le phasme (tout un), est le corps- en-vie. Ses états sont remarquables et on peut suivre sa non-transformation dans l’expérience nue, le récit en dur d’(aurélien réal) (nous approchons de l’expérience en question) : ce que ça devient dans ce récit, c’est ce que ça tient comme état, c’est comment ça se maintient. Pas d’appel à l’esprit là-dedans, pas de poussée lyrique, pas de jeu de mots.
Mais c’est à lire : la torture de la langue passe par la typographie (déconstruite ET sensitive), la cassure du dire forge l’expression du propos (déconstructeur ET cartésien, c’est fou).
Il est possible de citer l’expérience mais on ne peut ni la donner à vivre ni la donner à voir. Car il faut lire.
Ici, malgré tout, un extrait du contenu. Pour la forme, allez y voir.
je deviens sensitif à tous les détails de la survie « physique » et « matérielle » au point où l’ensemble de mes sensations et de mes actes se détachent et sont vus dans leurs conséquences secrètes et sublimes ainsi je m’ouvre à des expériences microscopiques où la sensation est contact du corps avec les draps et le sommier dans l’étendue des membres et leurs fibrilles les plus reculées de la raison et du savoir me parvient l’improbable activité de l’invisible de monstres nichés dont la moquette…
(page 57 de l’expérience nue)
Mais aussi :
pour conduire la langue où elle est le corps du monde doit insérer le travail d’écrire dans la perte absolue d’image, condition pour que le corps naisse au monde par la langue et dise ces deux injoignables.
(page 65 de l’expérience nue)
Lire les deux ensemble. On saisit d’ici l’état du corps : l’expérience y niche. Avec l’âme en supplément. Qu’il faut bien appeler : poésie PLUS philosophie. L’homme cru est ce qui prend feu à cette poussée là du dire et de l’écrire. L’expérience nue d’(aurélien réal) est une mise en scène à cru du dire et de l’écrire.
(Pour les amateurs : peut-être, étrangement, est-ce dans certains « récits » de Howard Phillips Lovecraft que l’on approche au plus près la nudité de l’expérience vitale que met en jeu (aurélien réal). Dans tous les cas, ma propre lecture de Lovecraft, primitive et innocente, m’a déplacé de cette sorte : je me souviens de ce moment où, levant la tête de Dagon, un recueil de nouvelles de cet auteur, je me mis à interroger la rectitude des lignes et la courbure des choses qui m’environnaient, et la « nature » des sons qui me parvenaient. Pour les connaisseurs : la lecture d’Ulysse de James Joyce m’a fait froidement le même effet)
L’homme cru est maintenant en feu, nous sommes au centre de l’expérience, au commencement de ce qu’il faut appeler un monde humain.
Homme, ô l’homme…
Toute l’expérience dans ce récit est de ton fait, car de ton feu, et de ton fou, ce fou particulier coincé au cœur de toute vraie poésie humaine : j’ai nommé Antonin Artaud, qui traverse le livre comme unique fantôme, fantasme ou phasme, c’est encore mieux dit ainsi.
Car pour nue que soit l’expérience, elle s’affirme pleine de l’absence de dieu, l’autre chose, ce que l’homme n’est pas : dieu c’est la chose. « Dieu c’est la chose », cela signifie qu’une expérience est dire dieu, une autre est de le
dé-dire (cochon qui s’en…). Ce que tout le récit d’(aurélien réal) travaille au corps, c’est le grandiose de cette dédite.
Sur le mode de la rencontre, par exemple, d’un Derrida et d’un Artaud :
« Car ce que (les) hurlements (d’Artaud) nous promettent, s’articulant sous les noms d’existence, de chair, de vie, de théâtre, de cruauté, c’est, avant la folie et l’œuvre, le sens d’un art qui ne donne pas lieu à des œuvres, l’existence d’un artiste qui n’est plus la voie ou l’expérience qui donnent accès à autre chose qu’elles-mêmes, d’une parole qui est corps, d’un corps qui est un théâtre, d’un théâtre qui est un texte parce qu’il n’est plus asservi à une écriture plus ancienne que lui, à quelque archi-texte ou archi-parole. Si Artaud résiste absolument – et, croyons-nous, comme on l’a jamais fait auparavant – aux exégèses cliniques ou critiques – c’est par ce qui dans son aventure (et par ce mot nous désignons une totalité antérieure à la séparation de la vie et de l’œuvre) est la protestation elle-même contre l’exemplification elle-même. La critique et le médecin seraient ici sans ressource devant une existence refusant de signifier, devant un art qui s’est voulu sans œuvre, devant un langage qui s’est voulu sans trace. C’est-à-dire sans différence. En poursuivant une manifestation qui ne fût pas une expression mais une création pure de la vie, qui ne tombât jamais loin du corps pour déchoir en signe et en œuvre, en objet, Artaud a voulu détruire une histoire, celle de la métaphysique dualiste […]. Artaud a voulu interdire que sa parole loin de son corps lui fût soufflée. »
Dieu est la mort.
Le souffle est la vie.
L’expérience nue est le remplacement de cette mort par autre chose : la vie.
L’expérience nue, je le rappelle ici, doit sa vie à une maison d’édition qui se nomme : le grand souffle.
Le dieu vivant, le dieu à l’intérieur, le dieu bu, le dieu su ou vu, le dieu démonique, démoniâtre et démon-logique n’est RIEN. Mais le dieu qui est la mort est là, il est celui qui nous fait être là vivants, nous, sans la consistance qu’il nous vole. Ce dieu que nous sommes et que nous avons à dé-être. Ce dieu qui est nous, nous par défaut, il est le défaut qu’il faut. La chose est dieu. La chose à chier, à évacuer, à fouler au pied et à mettre dehors.
C’est l’expérience.
L’homme cru prend pour lui toute la place de l’être : c’est ici l’effort d’être à promouvoir, ce qui est changer la chose, plutôt que changer les choses.
C’est encore Antonin Artaud, le parti devant, notre avant-garde, qui expérimente dans la philosophie et dans la vie cette chose.
« Artaud a voulu effacer la répétition en général. La répétition était pour lui le mal […]. La répétition sépare d’elle-même la force, la présence, la vie. Cette séparation est le geste économique et calculateur de ce qui se diffère pour se garder, de ce qui réserve la dépense et cède à la peur. Cette puissance de répétition a commandé tout ce qu’Artaud a voulu détruire et elle a plusieurs noms : Dieu, l’Être, la Dialectique. Dieu est l’éternité dont la mort se poursuit indéfiniment, dont la mort, comme différence et répétition dans la vie, n’a jamais fini de menacer la vie. Ce n’est pas le Dieu vivant, c’est le Dieu-Mort que nous devons redouter. Dieu est la Mort. »
Jacques Derrida a écrit cela dans Le théâtre de la cruauté et la clôture de la représentation, conférence prononcée à Parme lors du colloque Antonin Artaud en avril 1966.
(pour les amateurs encore : la phrase « dieu est mort » est une vieille blague qui ne fait plus rire que les chrétiens d’Europe lorsqu’ils font semblant, pour jouer à être philosophe, de lire Nietzsche, Nietzsche, lui, n’a jamais pensé cela, car pour lui il n’y a pas de quoi rire ici, dieu n’est pas, comment veut-on qu’il meurt, c’est tout le problème, si au moins il était, vu ce qu’on en dit, ce qu’on en fait, alors on pourrait commencer à travailler.)
Toujours grâce à Jacques Derrida (même conférence), l’expérience nue d’(aurélien réal) pourrait se clore, pour un temps, avant de voir et de savoir, sur cette idée régulatrice écrite et dite pour pousser plus loin cette maison humaine qui n’est pas en phase de transformation tout en étant la vie :
(Réponse à : qu’est-ce que je deviens ?)
« Or on le sait, comme Nietzsche, mais par le théâtre, Artaud veut nous rendre au Danger comme au Devenir. »
L’expérience nue et son récit par (aurélien réal) nous rendent, aujourd’hui, au Danger et au Devenir que NOUS sommes : le jeu est décisif et a lieu dans ce livre.
Par le théâtre…
(texte publié dans la revue "La Soeur de l'Ange - 5")
14:00 Publié dans La Soeur de l'ange - 5 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : aurélien, réal, soeur, ange, grand, souffle, experience
13/07/2007
L'ivresse des simples
— cinéroman — (Extrait)
À notre adolescence sans fin !
(aurélien réal)
ESPACE BLANC DU SON DE LA LUMIÈRE, AINSI DEPUIS TOUJOURS.
Des ténèbres blanches, d’où le Tout est, viennent les simples, du pays d’avant-naître…
Retournent en l’étendue vierge quand s’achève le jeu de leur destin… Tout germe de vie de la naissance à la mort est marqué du sceau de la souffrance et de la nostalgie… Nostalgia ! C’est pourquoi de ce sceau l’appel et le rappel dont nos vies sont des exercices de pertes… figures humaines en (t)races biographiques ? Tandis qu’au regard du monochrome blanc, toute biographie n’est que l’oubli du négatif en pure perte ! Cela étant, les biographies des phrères simplistes du Grand Jeu qui voulaient jouer à « qui perd gagne » laissent quelques traces non d’une identité, mais de sa déprise… mues sur la route d’aucun chemin. Mues qui saignent la perte des peaux d’illusions successives du « moi » dans le travail du chemin-de-d’œil. Toutes les vies sont de la Vie l’esquisse et l’aventure… Toute autobiographie, biographie ou hagiographie ne sont pour nous qu’ignorance du fait que les traces d’une vie ne disent rien de cela qui advient ! Chaque rêve de vie (lieux et conditions de naissance et de mort, événements sociaux, rencontres, écrits, photos…) n’étant que le négatif de surface d’un univers inconnu dont « quelqu’un » serait l’improbable reflet, l’ombre d’un étrange travail de renversement… La métaphysique expérimentale serait alors en contre-nuit des films et romans d’une fiction de vie rêvée dans le tragique… Ce cinéroman comme retournement de tous les genres pour le retour à tout. Ascèse de désillusion des genres de nos vies, exercice de littérature expérimentale par l’intelligence du cœur qui aspire à fondre en l’œuvre de la conscience vivante du poète d’aucun rêve, ni d’arrière monde ni de devant monde… libre des livres et des devoirs. Vision-du-feu des fragments de bois morts ! Re-trouver l’espace vierge de l’espèce !
La voix s’éteint et se résorbe dans le soir blanc laiteux du silence
Ouverture au blanc sur la chanson « Grace » de Jeff Buckley
1. EXTÉRIEUR JOUR — ÉTENDUE D’HERBE PRÈS D’UN FORT
Vivre. Concentré dans le vol de l’aigle au-dessus du cirque des montagnes. Le bleu. L’immensité du bleu coulant en particules. Milliards gouttes, du bleu diffracté, de la blanche, dévalent, solaires. Les temps s’effondrent. Croule le son des astres vrombit l’oreille sidérale. Facettes diamants en fracas d’éclats. Les lignes s’effritent onde. Le soleil, héraut fuse jusque-là. Quelques battements d’ailes, virent vite. Le cri de l’aigle. Les jets couleurs, angle des oiseaux. Vaste. Les quelques passants de coton dans la bleuité rêveuse des vents. Courants cosmiques, souffle. L’évanouissement, étendue sans bord. Rires de l’inexistence. Les rêves crevés naissent en allée ! Épars pensés en ferraille passent. L’esprit cavale, sidération des yeux à nerf, vision au cœur expirant. Rythme d’inspir-expir. Tac tic la peur du temps, shoot des horloges, ailleurs dans la vallée. L’aigle – laisses du ciel, cercles, étages d’éther fourbe, – au cri ! Grâce ! Perçant Flavio. Adolescence, notre, étendue d’herbe, les paumes le ciel, un joint les lèvres. Fronde sur le front, l’aigle visionné.
Voix off de Roger Gilbert-Lecomte :
– Je ne sais si je suis vivant ou mort. Niant la vie niant la mort je renais pré-natal.
Flavio ferme les yeux, jette le joint et se roule dans l’herbe dans un sanglot.
2. FLASH JOUR — INTÉRIEUR CHAMBRE D’HÔTEL
En pure perte ? Dans une chambre de bonne de Paris, en 1944. Très peu de lumière pénètre ce lieu, cette matinée. Les rideaux sont fermés. Tu devines un corps dans le lit, un drap remonte sur son visage. Mort ? Non. L’imperceptible souffle fait gonfler en bulle l’étoffe grise. La tombée des gouttes d’eau dans l’évier. Espaces réguliers, le temps des crans, gifles de l’étendue de nos corps naissant à l’agonie. Quelques craquements, le parquet. Les tissus de nos corps en transe jouissent de douloureuses forces. Les déplacements infinitésimaux de l’ostéopathie de ta charpente sonore te fondent ? La pénombre de la pièce révèle le climax qui te ressemble. L’immobilité des choses mouvantes te charme. Papiers sur la table, cartable de cuir ridé marron que supportent les pieds d’une chaise. Seringue et garrot sur la table vermoulue du chevet. Lit. Égrainement des voix qui se sont tues ! La rue. Un ronflement d’absorption. Le dedans de l’homme, oh ! Le corps frissonne ?
Insert subjectif
Un embryon dans un ventre, nage ? Nuit et lumière. Clapotements amniotiques. Éclairs et tremblement dans la fureur des organes pompés, la larve future des larmes. Chant des baleines. S’engage le ciel d’une nuit cosmique. Voyage d’espace nous sonde. Paix de l’immensité. En fondu prénatal le ventre du cosmos qui s’éclipse en sevrage dans le cadavre. Entre l’antre cadastré des clivages à faire péter, sage ?
Voix off de R. Gilbert-Lecomte :
– Contemplez de vous le moi mort en creux ! Contre-corps des ivres virages du ravage d’un. Le sang en échos grêle sur vos sanglots ! La peine, pitance des chiens. Re-naître pré-natal inhumé dans la paix stellaire de la stupeur, ébloui, fixe.
3. FLASH DU PASSÉ — EXTÉRIEUR JOUR, COURS DE RÉCRÉATION
Année 1923. Reims la détruite, la plate.
Cour d’école à l’heure de la récréation. Groupes. Les uns jouent aux gendarmes et aux voleurs, d’autres aux billes… Au fond de la cour, un petit groupe de quatre adolescents de 15 ans. Il y a Roger Gilbert-Lecomte (dit « Coco de Colchyde » ou « Rog Jarl »), le plus grand d’entre eux, au regard supérieurement bleu d’inconnu. Puis René Daumal (« Phils » ou « Nathaniel »), brun au regard franc mais réservé dans la communication. Robert Meyrat (dit « la Stryge ») esthète de la nuit au regard magnétique. Le quatrième, Roger Vailland (dit « Dada » ou « François ») filiforme au visage d’angles. Ce sont les quatre « Phrères simplistes », comme ils se nomment, les quatre R de l’espace venus tout droit de l’étoile connivence. Les immémoriaux ! S’incarnent à certaines époques, poursuivent le voyage vers… sèment la panique sur terre.
Des enfants s’empoignent violemment, s’insultent, certains se promènent à deux, indifférents, les billes des balles. Le maître d’école sépare, réprimande, enquête, réconcilie, fait leçon de morale au dessus des yeux, les fenêtres. Quelques jaloux tournent autour des phrères simplistes sans pouvoir approcher, l’œil du maître très sévère.
Voix du chœur des Simples :
– Sperme dans l’ovule du monde, chair d’un seul Éclat.
Nous sommes funèbre adolescence, les héros d’if,
L’infini en d’immémoriales ténèbres, béats…
De nos souches en têtes couronnées, nostalgie, poussifs,
La ligne claire. Pointes du diamant noir, pro-jet blanc.
Ah ! Ah ! Ah !
Bulles de savon s’élèvent dans l’air aux reflets…
4. EXTÉRIEUR JOUR — RUE DE MONTRÉAL
Un jeune homme, aux cheveux bruns et longs, au grand front, affronte la foule ; une détermination de foudre dans les yeux. Tendu tel un arc, Vivien s’élance pour son exercice : la tentation de la mort. N’être plus là ! Corps né nu pour la mort. En cette journée de printemps la neige de l’hiver fond de blanc l’homme. Chaque pas une attention de l’extrême. Cruelle. S’écrouler raide mort au prochain passage pour piétons. Gisant face au ciel. Toute son énergie se rassemble dans une intensité panique qui flirte avec un calme surhumain. Témoin de chaque pas. Gramme de sa chair dans la sensation. Articulations au son du dépli des os. La pression du vent du Nord. Gerçures. La peau, douleur en baiser. Les sons de la rue. Un tout distinct se détache en vapeur. Chaque objet, chaque ligne couleur pénètre la rétine, transforme le monde dans le cerveau. La pensée se percevant dans une bulle… Une jeune fille heurte. Le chien aboie. Les insultes fusent. Klaxons inhabituels. Le rythme devient égal, posé dans le souffle de l’expirant. Le passage pour piétons se fait proche, redouté et chéri. Le compte à rebours est lancé, la pensée entame son décompte. Les chairs mouillées, l’angoisse perle dans le dos, les aisselles ; le ventre entonne son chant au son de cor de chasse dans un désir inédit. Le vide à portée des yeux dans les pas. Précipice zéro. Temps/espace en vrille. Homme venant de face, miroir, traversant avant lui (?) s’effondre en plein milieu. Stupeur générale. Brouhaha. Affolement. Cris. Sirènes. Trou. Mouvements de corps, béance, le bitume. Les yeux croisent le fer. Exaltations. Vision immobile. Nage dans le trouble, Vivien.
Fondu au noir
5. SUR UNE MUSIQUE DE SCELSI, “ RENOVATUR” — ESPACE VIDE — NUIT DES CLAVICULES
Homme, nu au centre de la pièce se tient droit comme un I. Dans une lumière expressionniste, l’ombre de l’homme, portée sur le mur, démesurément grande, fait les cent pas nerveusement. Le corps de l’homme au centre de la pièce posé comme un I, si petit dans la lumière — il porte sa main droite à la clavicule gauche.
Nathaniel
Un plus un égal un. Un plus un égale un.
Et 315 789 601 + 2 210 333 = 317 999 934
La lumière s’est faite de son jet-je jaillissant, infiniment lumière. Ainsi, je-jet jaillissant lumière n’est à personne.
L’ombre nerveuse arpente les murs. Maugréer, se tordre les doigts, grimaces le masque du visage. Mur. La main d’attraper cet I d’homme nu. Vocable viatique de sa reddition. L’horrible de l’ombre.
L’ombre
Non, non et encore non par mon corps, non.
Si petit, la main droite sur sa clavicule gauche. La clavicule gauche imperceptiblement se met à bouger, pendant que le regard se braque sur l’ombre qui désire fuir.
Nathaniel
Oui est mon nom au non. Oui, oui est mon non. Oui offrande de lumière, négation de l’ombre de je.
L’ombre menace la pièce qui désire l’homme nu, si petite lumière.
L’homme nu, si petite lumière, éclat du rire je-jet jaillissant, grandit imperceptiblement. La clavicule en jeu se déploie délicatement. Oui de chaque note
au-dedans du rire explose le non.
L’ombre
Sang de mes yeux, je renie le oui. Lumière des lâchetés d’idéal ! Je de nuit en nuit mon désir te suce la sève par le sexe en ta personne alitée. Murs, suave finitude. Deux, double redouble, avance encore devant toi-même, laisse-toi aspirer panse. Peux-tu ? Au creux silex de la question fantasme de lumière. Je suis les corps en tension.
Sublime du désir des rouges. Accepte mon ombre gardienne de la réalité double. Mal à qui pourrait y chercher passage ! Ah ! Ah ! Ah !
L’ombre se multiplie. Se querelle en nombre. L’une tombe, l’autre se relève, l’une ricane, l’autre pleure, l’une menace, l’autre devient limace. Addition addiction soustraction division. L’une hyène, l’autre lion, ainsi, ainsi, la clavicule se déploie. L’homme nu imperceptiblement toujours grandit. Sons de la tempête.
Nathaniel
L’affirmation sainte négation de ton non femelle. Oui à ton non. Oui au oui !
L’ombre
J’encuuuuuuuuuuuuuuuuuuuule ton oui aux couilles de tes diatribes d’insecte mou. Potache métaphTysique de tes embrouilles serviles… Guerre à ton ascendance. Guerre !
L’homme nu qui grandit imperceptiblement au centre de la pièce lâche sa clavicule gauche. Se déploie papillon. Sa main gauche s’élance vers la clavicule droite.
Nathaniel
Le pur OUI que l’on recouvre du nom de Dieu ne me servira plus de rien car il est de l’ombre la distance…
L’ombre
Non, non, non, non et non. Bluff. Blague. Je te maudis. Te rage. Te braque. Te suce. Te menace. Tu es ma peau la forme de ma vie. Reviens ou je te…
L’ombre vitupère, se calcine, pisse, hurle, meugle, chie, dégaine l’arme menaçante. Injure extrême de toutes les ombres dans un gigantesque catafalque de refus en avalanche d’eau sur le feu de l’imperceptible grandir juste du je jet………………………………………….l’homme tremble face,
22:32 Publié dans La Soeur de l'ange - 5 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : aurélien, réal, soeur, ange, grand, souffle, simple
05/07/2007
L'espoir tue
« Il faut faire le désespoir des hommes, pour qu’ils jettent leur humanité dans le vaste tombeau de la nature, et qu’en laissant leur être humain à ses lois propres, ils en sortent. »
René Daumal
Continuer à fabriquer un « désir d’espoir » en ce vingt et unième siècle, c’est n’avoir pas accepté de voir cet espoir comme concept-affect-perceptre-couvrant et voilant l’épreuve, en nous, d’une montée d’affect d’origine existentiale. Ne serait-ce pas là le symptôme d’une fragilité et d’une peur de l’inconnu qui fait de l’homme-pensant une autruche devant son péril ? Le « Péril », dont Heidegger aura élaboré l’herméneutique approche à travers le concept « d’Ereignis », est dans mon expérience des limites de la pensée une sensation, aujourd’hui, de la douleur dans la représentation sensorielle du corps. Ce « corps » – mais est-ce le corps, ou une construction mentale ? – menacé par le changement climatique et la pollution à laquelle je-suis excessivement sensitif… la méditation du péril qui menace le corps-de-la-terre, que nous sommes, s’impose dans la sensation de la douleur asphyxiante du mourir. Épreuve cataclysmique pour la représentation « je-corps ». L’estre du Temps de l’Être se joue-t-il dans la douleur ?
J’emploie le mot « être » pour indiquer l’expérience d’un Qui qui n’est pas sujet, mais l’inconnu ouvert. Le mot « être », ici, se départit du cheminement heideggérien en cela que mon écriture est à la merci de mots auxquels je dis merci de me résister-à-dire-l’évidence : la simplicité même de l’expérience vivante de respirer maintenant.
je dis respirer – car depuis l’écriture de l’expérience nUe, le mot « résister » est cela même qui a été balayé par l’épreuve de suffocation physique, dans laquelle le monde de la civilisation industrielle m’a contraint à la douleur du mourir, en lien avec le déploiement de la technique et de la marchandisation de nos chairs. Nos chairs en tant qu’ordure, fumier et compost pour les pompes funèbres de notre sécurité sociale.
Ce qui sauve serait-il dans l’endurance de la pensée ou dans sa déprise jusque dans la sensation et le sentiment ? Et la question se pose : qui a l’amour de la sagesse (philosophie) et qui écrit les textes et qui les interprète et qui est Quoi ?
Ici le quoi est l’épreuve ignifiante du Qui. Le monde en tant qu’ensemble se révèle être mon pire ennemi… ou mon meilleur ami pour aller au cœur du volcan. Aller au cœur du volcan de l’ignifiction, voilà ce à quoi le quoi du monde m’a contraint dans l’expérience nUe.
L’éveil de la douleur du mourir fait mal. Le mal est là dans la ren-contre de quoi vers qui. De qui vers quoi. Car ce sont toutes les volontés de la volonté de pouvoir sur moi et de moi sur les autres qui provoquent et invitent à la guerre de tout contre tout.
Il n’est pas question de prendre pour argent comptant le « dieu est mort » de Nietzsche et « la fin de la métaphysique » de Heidegger sans proclamer aussi que : « la raison pensante est la mort ! » Pour preuve l’enjeu de la tragédie planétaire dans laquelle nous sommes, et que très peu d’intellectuels méditent en profondeur, trop préoccupés de faire procès au philosophe du passé pour ne pas réaliser que leur collaboration collabore à l’idéologie géocidaire du présent.
Ne pas en rester au conditionnement de la post-modernité et de la raison métaphysique : deux farces de la résistance à l’expérience directe de l’effondrement des croyances. Impossible hurlerez-vous ! Rien de ce qui est impossible ne nous est interdit ! Voir nous éviterait d’avoir des boucs émissaires tels Platon — la tête de grec de la modernité ! ou Jésus, Mahomet – les nouveaux coupables ! voire Nietzsche pour d’autres… la métaphysique et l’immanentisme… sortir du désir mimétique et devenir mature, quitter la salle de projection du penseur et de la chose pensée !
L’« Événement » est maintenant, dans la dynamique du temps retourné, celle de l’intelligence du vivant où se conjuguent tous les temps qui sourdent en puissance de l’instant.
Vous confier que je suis arrivé au point où j’apprends à ne plus résister à…
L’Axe du Néant de F. Meyronis face au nihilisme qui nous menace de géocide ? L’hédonisme athée de M. Onfray ? Le retour des religions ? Comment résister ? Et à quoi bon ? Voilà deux questions en une !
Le géocide se produit partout tous les jours. Ne pas alarmer inutilement les populations, qui paniqueraient inutilement, diraient nos politiques de l’espoir pour l’espèce. Ne serait-ce pas qu’en vérité il ne faut pas inquiéter les industriels occupés à piller et violer l’énergie de la terre ? Nous sommes dans le four et le monde fait comme si c’était hier, en scénarisant le devoir de mémoire et de fiction avec sa « moraline » contre l’angoisse. Foutaise ! Affreuse peur de l’homme-fiction désirant des histoires qui font peur encore et encore… Ah ! ce désir d’histoires ! L’homme réfléchit d’un lobe du cerveau sur le mal pour ne pas l’éprouver maintenant en train d’œuvrer dans l’angle mort de sa pensée. Coupé ! La vie (mais était-ce la vie ?) de la planète est menacée, voilà le Quoi du problème apparent. Quand l’effondrement de toutes les représentations s’impose, par un choc, et l’évidente loi de l’impermanence, alors le rien de toute pensée met en échec toutes les stratégies de fuite…
Laisser place à l’intelligence spontanée du silence ! dit le poète hors lieu.
La raison est morte ! et toute sa lumière, comme le « dieu » d’hier, elle ne peut rien contre l’homme endormi dans ses rêves ! Ô miroir ! Ô mouroir en ma vaine jouissance !
Je n’ai aucun espoir à faire fleurir dans la résistance. Non, je dois consentir à mourir à la douleur du « qui » physique, ce couac.
Il faut bien mourir de quelque chose, me dit le « On ». C’est vrai, il faut mourir, mais pas mourir tel que la raison de finitude pense la chose-sous-la-main. Non, mourir dans l’ignifiction de l’impuissance totale, épouser au cœur du volcan la douleur du Qui résistant à sa disparition.
Et si l’homme n’était que ce lieu transitoire d’esquive de l’impensable — la réalité même ? Ce qui l’aura aidé et constitué un temps : la pensée réflexive, fonction de représentation de l’inconnu, devient maintenant un obstacle générique à la pression de l’intelligence du vivant qui l’excède de part en part ? À la différence d’Alain Badiou qui croit en un être mathématisable, je réalise dans ma solitude que c’est l’inconnaissance de tout sur tout qui est ma réalité. Le savoir et le connaître sont du domaine de l’ignorance qui sépare et travaille (par le négatif refoulé et apparent – science de l’ontique) avec l’intell-igence de l’énergie du vivant. Ne sommes-nous pas dans une crise de saturation sémiotique et sémantique qui nous fait perdre l’assurance dictatoriale de notre habitude à identifier les rapports du signifiant au signifié selon des affects subconscients et un corps inconscient ? Portée par les philosophes, les poètes et les artistes, la modernité, depuis Nietzsche et Artaud, prône « l’absolu du corps », mais nous allons dans cette catastrophe éco-égo-logique avec des corps niés et génocidés !
En mon bunker de Melun mon amour, le corps, cet inconnu, a asphyxié jusqu’à hurler muettement sans que personne… personne ! RIEN ! L’épreuve de l’impuissance, de l’impasse et de la totale solitude a été la réponse !
Et le monde de faire « comme si de rien n’était » ! Quand bien même Godot serait là, dans tous les camps d’extermination, je suis persuadé qu’il n’y aurait qu’un ridicule pourcentage d’individus pour lui tendre la main et accepter d’être sauvé. Sous couvert de l’impuissance de « Dieu » et d’un « Mal absolu » qui tenaillerait l’humanité, le pape, au nom (non) de l’Église, accrédite cette croyance, voilant, selon mon expérience, LA résistance dans l’homme à ce qui le sauve depuis toujours.
Ce dont les représentations religieuses et scientifiques nous coupent, c’est de l’expérience directe des trois points d’entrée et de sortie existentiaux (de la bulle mentale) que sont la jouissance, l’angoisse et la douleur, d’où s’éveille le noble sentiment du désespoir face à l’impasse humaine. Il n’y a nulle part où aller. L’ENFER EST PSYCHO-PHYSIQUE, voilà le principe de réalité que le monde fuit, et pour cause… si nous n’avions pas peur de l’intelligence non duelle, nous réaliserions que « le mal absolu » est le point d’épreuve où notre porosité est convoquée, par la confrontation avec l’inconcevable de l’homme, orchestrant le piège du pire ; miroir de notre dureté à recevoir, à accueillir la fin de toute illusion, l’amour pour nul objet.
Le nihilisme n’est rien d’autre qu’une phase par laquelle tout individu et toute civilisation doivent passer afin de prendre conscience des illusions… entraînant la déconstruction et la dissolution de tous les schèmes de la mémoire qui nous sépare de l’intelligence non-mentale.
Et si nous étions à ce point d’ignifiction où l’intelligence de la puissance de vie livre le fond du secret et du mystère soi-disant « impensable » du « mal » ? Ce mal à vivre. Et si nous n’étions encore jamais nés à la vie telle qu’en elle-même ?
La « réalité » comme masque du réel.
Cette crise de toutes les représentations est une aubaine pour le sentiment et la sensation d’autre chose. Encore faut-il consentir à l’angoisse et à la douleur ainsi qu’à la jouissance pour toucher la triade du désespoir. S’éveille alors spontanément la vision pénétrante de l’impasse inéluctable !
Dans l’abîme du mourir, par dioxine de nos ordures, la moindre pensée se révèle être la productrice des douleurs et phantasmes de l’être-pour-la-mort. Chut !
La lucidité est donc sans espoir. Lecture de Cioran comme antidote à toute tentation de fuite pour éprouver enfin l’impasse, qui nous sauve par adhésion à la souffrance du monde.
« La méprise dans laquelle vivent les domestiques – et tout homme qui adhère au temps est un domestique – représente un véritable état de grâce, un obscurcissement ensorcelé ; et cette méprise – ainsi qu’un voile surnaturel – couvre la perdition à laquelle s’expose tout acte engendré par le désir. Mais pour l’oisif détrompé, le pur fait de vivre, le vivre pur de tout faire, est une corvée si exténuante, qu’endurer l’existence telle quelle, lui paraît un métier lourd, une carrière épuisante – et tout geste supplémentaire, impraticable et non avenu. »
QUOI résiste à QUI ?
Puis-je répondre à la Question si je n’ai pas eu l’expérience voyante qui monstre le film du penseur-pensant comme une bulle où le temps et l’espace sont les produits de ce film ? En cercles superposés et vicieux nous sommes structurés en un langage (chiffre-mot-image) dualiste qui opère et désire forclore le vide-plein-de-la-joie sans mesure !
Donc qui est qui pour résister à quoi ? Quoi étant selon l’expérience ce qui n’est pas moi, c’est-à-dire non-moi. Ce non-moi, ce je qui est un autre, ce tout autre, ces autres, ce monde, ce quoi… Ce quoi pourrait-il être autre que ce que je suis ? La question est intense et irrésistible ! La question est un éprouvé si extrême qu’elle nécessite un retournement de la pensée pour répondre à l’énigme. Intenable dans la sensation et le sentiment, le volume de mon exister veut une réponse.
Qu’est-ce que penser nous cache ?
Qui suis-je ?
Retourner l’index de la pensée du dehors du je vers lui-même, voir sa peau est un tour de force inhabituelle pour le penseur. Ainsi, le quoi interrogé fait face à son qui. Éprouver sa résistance maintenant dans le retournement vers un « je » qui se voit visé, lui qui se dissémine et se dissimule dans le fait de penser en mots et images son oubli vers le quoi.
Qui-Quoi sont dans le même bateau… À quoi bon interroger le qui me direz-vous ? Dans l’angoisse de la douleur du mourir il y a cette sensation, ce sentiment que, ce qui fabrique l’impasse est le passage d’un consentir à perdre la production et la chose produite. De l’intensité de la Question brûle l’industrie de la culture du rêve. Voilà le grand art ! La solitude et son impuissance face au quoi nous imposent…
Ne plus résister, ou ne plus faire comme si de rien n’était : c’est ! Le mourir est ce qui est en cours sans tarder. Cela aura toujours été. Et ce mourir, serait-ce mourir à ce qui fabrique la souffrance, la douleur et le cadavre ? Oui, c’est cela, je le sens ; ça se vit paradoxalement. Car à force de mourir exilé, ignoré de tout le monde, seul, inexistant ??? à force de mourir par asphyxie d’être-au-monde, s’éveille autre chose que qui ou quoi. Au cœur de la résistance du qui contre quoi est l’irrésistible abandon à ce qui est au cœur, le secret agissant tel le cœur de la fleur qui peut enfin donner. Donner ce qui est puissance aimante au cœur du creux du mal de la chambre à gaz mondiale, depuis toujours.
Qui suis-je ?
Le pistolet de la Question contre la tempe. Hold-up ! Épochè spontanée et ultime, qui ne laisse plus aucune place à l’a priori d’aucune sorte, que ce soit du quoi-monde ou de la cause de nos effets. Ni cause ni effet ! Ni production ni chose produite ! Ni être ni non-être ! Ni être ni étant ! Ni être ni penser le même ! Qui suis-je ?
Qu’on le veuille ou non, tous les hommes sont conviés à ce point d’ignifiction où disparaissent dieu(x) et diable(s), la raison et l’irrationnel, le corps et l’esprit, l’être et sa dangerosité dans le « péril ».
Ni dieu ni maître ni diable ni raison ! Ni arrière monde ni devant monde ! Ni esprit ni matière !
AUTRE CHOSE
Oser se laisser choir dans le volcan de la Question sans distraction des questions, c’est être invité au cœur du questionneur et répondre à l’appel de la puissance de la vitesse du vide qu’est la vie nouvelle ! Zone à risque du qui perd quoi gagne !
Quoi ?
Elle est re- trouante ? trouvante ? tournante ?
L’amour
Qui !
Je viens d’écrire un texte qui de la guerre dans les lettres conduit à la solitude aimante de l’homme sans pour-quoi.
(texte publié dans la revue "La Soeur de l'Ange - 5")
17:12 Publié dans La Soeur de l'ange - 5 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : aurélien, réal, soeur, ange, grand, souffle




