29/10/2006
Lettre aux récipiendaires de "L'Effondrement du Temps"
Cher Monsieur, chère Madame,
En mai dernier, sans vous connaître personnellement ni préciser nos identités, nous avons pris le risque de vous faire parvenir un objet-livre étrange intitulé l’effondrement du temps. Ce geste libre était autant une provocation d’exigence qu’un cri d’alarme lancé à l’adresse de quelque 300 acteurs et têtes de pont de notre culture philosophique, littéraire et artistique contemporaine. A tous égards, il nous a semblé qu’à la situation extrême dans laquelle nous continuons de nous engager collectivement devait coïncider ici et là, mais au moins quelque part, l’amorce d’une prise de conscience extrême capable, par sa démesure même, d’éclairer pertinemment la démesure du nouveau défi de survie évolutive qui nous est à présent imposé sans ménagement.
Très peu de temps après, aurélien réal - qui fait partie de la petite poignée d’explorateurs du laboratoire l’imp(a)nsable -, a cru nécessaire avec l’expérience nue, de témoigner publiquement de son asphyxie physique face à la pollution environnante en des termes d’éclaircissement si bouleversants qu’ils remettent de fond en comble en cause notre appréhension courante de ce qu’est un corps humain, tout autant que les approches scientifiques et les expériences du corps d’écrivains comme Artaud, Bataille, Bernard Noël, etc. livre que certains d’entre vous ont dû également recevoir gratuitement.
A ces deux gestes libres d’alerte qui nous auront quand même coûté plus de 15 000 euros, n’ont répondu, en positif comme en négatif, que quatre auteurs à ce jour à l’adresse du siège des éditions le Grand Souffle. De ce fait, nous avons dû suspendre complètement (et peut-être définitivement) la poursuite de la publication des tomes 2 et 3 de l’effondrement du temps alors que 90 % des textes et œuvres plastiques sont déjà écrits ou réalisés.
Nous ne regrettons en rien d’avoir pris un tel risque. Nous l’avions dit dans notre appel à souscription, notre époque appelle de telles prises de risque, des gestes qui libèrent l’impossible dans le champ tyrannique du « possiblement-correct ». Et nous savons que les fruits de notre travail de laboratoire des écritures dés-emparées sont particulièrement durs à cerner, et à digérer. Comment pourrait-il en être autrement si c’est dans la région de l’inimaginable et de l’insupporté que se joue d’ores et déjà l’avenir de nos souffles ?
Nous ne regrettons en rien d’avoir pris ce risque, mais sommes contraints de nous interroger : dans cette extrême déroute de tout, les acteurs et contributeurs reconnus de notre « culture » ont-ils donc tant de mal à répondre tout simplement présents, si peu que ce soit, en pour ou en contre, au geste d’audace de quelques aventuriers de notre temps zéro ? Vous mêmes, ne rencontrez-vous pas les mêmes difficultés à recevoir des vrais retours de lecture de vos livres, ou de vrais critiques de vos œuvres artistiques ? Ne souffrez-vous pas de la même indifférence générale à votre tentative de résister comme vous le pouvez dans cette tempête de désintégration du lien social ?
Non, ce n’est pas un besoin irrépressible de reconnaissance qui motive cette lettre. Ayez l’obligeance de croire que ce n’est pas ici la blessure narcissique qui parle, (laquelle est justement le lieu d’une « monstration » en profondeur tout au long de cet « objet » et fut l’enjeu chimique concret des acteurs de l’imp(a)nsable entre eux !). C’est plutôt la stupéfaction, la stupeur de voir que tout le monde se plaint des conséquences de la marchandisation des œuvres culturelles pour lui-même, mais que quasiment personne n’est prêt à répondre présent à un geste qui tente en fait pour soi comme pour tous une autre circulation symbolique que la loi du calcul, que l’on n’apprécie ou pas du tout son contenu. Jusqu’à quand pourrons-nous ainsi cracher dans la soupe tout en la mangeant quand même C’est cette contradiction qui nous a contraint à tenter autre chose, comme vous-mêmes le tentez déjà, ou le tenterez un jour peut-être… Car il n’y a pas de fatalité à la situation actuelle, déjà en soi-même, tout peut être autrement !
Mais, peut-être le contenu de notre geste est-il pour vous d’emblée invalidé par son trop grand recours à des pensées connues, par la mauvaise qualité des textes, ou par sa forme, trop hermétique, qui intrique le mot et l’image dans une ciné(ma)tique d’écriture anti-romanesque où les excès du ton et le manque de « rigueur » du propos s’allieraient peut-être, et pour un résultat pour le moins douteux, à une trop grande lisibilité des œuvres plastiques à partir des avant-gardes des années 60, type Fluxus and co ?... Et s’il s’agissait, à mieux y regarder, d’un ailleurs étranger à toutes ces parentés trop évidentes ? Nous l’avons annoncé dès le départ, « faute de mots, fautes de temps, fautes d’images… », il ne s’agit pas d’une œuvre, mais d’un laboratoire, d’une expérience qui nécessairement tangue entre un aspect didactique, (référencé), et une déprise de tout ça tellement radicale qu’elle en est irrepérable pour un lecteur-penseur qui veut et cherche à moudre sa « dose » de nouveaux grains de pensée pour continuer comme si de rien n’était à panser sa plaie en direct… Quoi qu’il en soit, mieux vaudrait un désaveu explicite qu’un silence de « sensure » général.
Ou bien avons-nous versé dans le catastrophisme le plus alarmiste, et par là même plus maladroit ? Mais comment faire courageusement face à une situation de plus en plus effrayante sans devenir nous-mêmes trop effrayants ? Quelle est la juste frontière quand chacun sait la puissance de la politique de l’autruche dans toutes les périodes historiques les plus critiques ? Ce n’est pas par naïveté que je pose la question. J’ai moi-même dû quitter il y a peu la région parisienne pour pouvoir continuer de respirer dans une habitation avec jardin à Bruxelles, j’imagine que le problème commence déjà à se poser, ou qu’il ne tardera plus guère à se poser à vous d’ici quelques années. En dehors de la problématique, caricaturale, du « catastrophisme », une majorité d’êtres parlants sait maintenant à l’évidence, de sources scientifiques et écologiques éminentes, qu’autre chose de nous doit libérer un nouvel horizon pour nos souffles, sans quoi nous disparaîtrons en très grand nombre, ou même complètement d’ici un petit siècle. Il n’est que de lire les derniers best-sellers d’Hubert Reeves, de Jean-Marie Pelt, ou de Nicolas Hulot pour s’en convaincre, et ne citer qu’eux.
Aussi, la situation que nous rencontrons en tant que laborantins de ce laboratoire créateur, comme d’autres, est un peu celle décrite par Kierkegaard au sujet de cet homme contraint d’entrer précipitamment en pleine représentation sur la scène d’un théâtre pour annoncer qu’un incendie vient de se déclarer, qu’il faut quitter immédiatement la salle, et que l’ensemble du public pris à partie prend de plus en plus pour un bouffon en se tordant les côtes à mesure qu’il répète ses cris d’alerte.
Dans ces conditions, à quoi bon tout ce que nous faisons, écrivons, peignons, regardons et fabriquons ? A quoi bon toutes nos productions culturelles si nous ne pouvons plus prendre acte, ensemble et spontanément, sans plainte ni larmoiement mais avec une rigueur lucide et confiante, que notre « culture » est de plus en plus structurellement inadaptée à la nouvelle équation qui s’impose d’être vivants, génériquement vivants dans des corps en sursis ?
Comment répondre de cette situation sans précédent ? Comment entrer dans l’aventure d’une autre rigueur du vivre que tout ce qui nous a jusqu’ici tenu lieu de « culture » ? Et si, en dépit de la sublime énormité des acquis de nos savoirs et des savoir-faire, nous n’étions, et n’avions finalement toujours été d’une certaine façon qu’à côté du milieu d’intelligence que nous commande notre vie collective ? Et si, malgré nos bonnes volontés et l’excellence de nos directions de recherche philosophiques, littéraires, artistiques, scientifiques, religieuses, nous continuions massivement à faire fausse route, par peur de nous arrêter net, par peur d’affronter l’angoisse d’incertitude abyssale qui nous ronge cependant plus ou moins consciemment ?
Pourtant, notre inadaptation récurrente à la vie ne cessera pas de nous être renvoyée en pleine figure. Dans tous les domaines, notre intelligence se montre aussi forte que folle… Nous n’avons même pas d’égards réels et conséquents pour notre propre survie…
C’est le consentement à ce sentiment de gravité qui s’est progressivement insinué au cœur de nos yeux et qui nous a conduit à cette tentative de réécriture disons « post »-post-moderne de la tragédie d’Œdipe. Car si puissamment dépendants que nous soyons encore de l’immense héritage culturel en lequel nous avons grandi, nous sommes expérimentalement engagés dans un processus tangible de deuil très profond du paradigme d’intelligence qui prévaut depuis l’aurore occidentale, grecque autant que judéo-chrétienne, et cela non pour lui préférer une adhésion pure et simple aux catégories de l’Orient ou d’Extrême-Orient, mais parce que le « processus » dont nous témoignons ici se traduit par l’invasion d’un nouvel éther conscient irréductible aux cartographies multimillénaires du connu, un nouvel air qui balbutie ses premiers mots et ses premières images à travers le règne écrasant du nihilisme planétaire.
Nous vivons cette mise à mal radicale comme une mise en demeure de nous ouvrir d’urgence à la perspective d’un accès inimaginable à un sas de mutations du souffle conscient vers un milieu complètement inconnu du voir, du sentir et de l’agir. C’est cela qui nous a conduit ici à ce geste libre (« l’art dans la vie = l’art de la vie »), de ne pas mentionner nos noms, (car nous voyons le nom comme l’un des nerfs de l’aliénation temporelle : nous sommes, chacun est essentiellement le cri d’un innommable), et de vous offrir anonymement le fruit inattendu de notre labeur, comme la pousse incongrue d’un crocus sous un printemps de neige. Aussi, il s’agit précisément d’oser dévisager en face par les mots comme par les images le germe impansable qui fabrique en soi-même le métal du nihilisme mortifère qui submerge actuellement de toutes parts nos forces d’intelligence, et le touchant, et le montrant comme tel du dedans de nous, de l’épouser sans distanciation jusqu’à en traverser complètement la texture aliénante. Et si l’horreur que nous portons tous, et qui nous paralyse en se jouant et se déjouant de nos plus fines analyses demandait une autre rigueur d’intelligence pour livrer la clé pratique de sa transmutation ?
Nous ne doutons pas que bon nombre d’entre vous serez définitivement sceptiques à la lecture de ces derniers paragraphes. Mais à tous ceux et celles que la peur n’étouffe pas trop, nous souhaitons rappeler l’extraordinaire loi d’interdépendance de tous avec tous, à la découverte de laquelle notre sort commun est maintenant intimement suspendu, et nous vous invitons de ce fait à ne pas fermer la porte à un dialogue avec nous à partir d’un retour d’appréciation critique mature sur les premiers résultats de notre laboratoire en pleine résonance avec la plupart des lignes de recherches contemporaines.
Contraints à voir et à nommer en face une situation de plus en plus effrayante comme telle, nous ne sommes ni des terroristes ou des plaisantins, ni les chantres échevelés d’une nouvelle forme de dogmatisme apocalyptique. Nous avons besoin de chacun et de tous pour progresser dans l’auto-formulation patiente de cette nouvelle voie d’intelligence. Hybridés entre l’impensable et le pensable, nécessairement mal-habiles pour dire ce qui advient, nous cherchons autrement, en risquant sincèrement notre vie, au-dedans de nous, et nous revendiquons simplement par cette lettre le droit à l’attention et à un libre examen approfondi de notre « ligne de risque » en période de catastrophe.
Avec ouverture et bienveillance vers vous, nous vous remercions d’avoir lu cette lettre jusqu’au bout, et, si vous le sentez, de nous répondre présents sous quelque forme que ce soit.
le laboratoire de l’imp(a)nsable
18:08 Publié dans l'effondrement du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : effondrement, temps, impansable, philosophie, littérature, expérience, grand souffle
19/09/2006
L'effondrement du temps - extraits (3)
UN JOUR EST ÉGAL À TOUS LES JOURS :
LA LANGUE DE L’ŒIL DANS LE MUR DU TEMPS
« Réaliser », « mettre-en-scène », « tourner » et « monter » un film, ou comment laisser se produire un microcosme du mouvant de la vie devant l’œil-écoute-caméra : cela requiert une immense patience, patience de l’attention intensive du Vivant concentré par la coïncidence magique d’intérêts pluriels et contradictoires, explicites et secrets. Car laisser activement se produire le jaillissement créateur du silence moteur, c’est laisser se condenser le monde devant l’œil-écoute d’une caméra numérique, ou bien utiliser la pellicule argentique comme un réceptacle de cristallisation des sels où, photogramme après photogramme, viennent s’in-former les états matériels de la lumière qu’on nomme ses formes-couleurs. Nous utilisons ces deux supports techniques d’enregistrement et de projection, car nous avons découvert que nos vies mêmes sont les formes figurantes de l’abstraction de la lumière blanche qui, tel un diamant, se pro-jette et se condense pour se feuiller en forces-couleurs jusqu’au noir.
Les pratiques cinématographiques, plastiques et littéraires, sont autant de moyens de nous laisser perforer, pénétrer, pour ouvrir à des expériences-limites/hors limites qui ébranlent jusqu’à la primauté de la jouissance sexuelle éphémère.
Il y a pour nous une expérience de la lumière qui se dégage des états psychiques du cosmos. Ainsi ne versons-nous pas dans le réductionnisme bio-psychique des neurosciences en vogue, mais, tel le peintre devant la nature, nous voyons que tous les états de l’humain, multiples et contradictoires, sont l’expression de la ré-pression ou dé-pression d’une chimie des états de la lumière, qui se concentre en diverses densités de structure du diamant prismatique. Pour l’Œil de cette vision, la forme humaine est une formation, une projection cinématographique de la chimie des matériaux de la lumière que la p(a)nsée réfléchit en images-mots selon son mode mural de di-vision tragique.
Cinécrire maintenant dans la préparation du cadre, de la page, pour un plan, une phrase comme pour le mouvement d’un pinceau par la main, d’une portée musicale dans son écoulement… Quel que soit le médium d’ex-pression, nous sommes respirés par le rythme du souffle dans le regard qui vise le support, le rapport à l’établi —
Je suis seul (peuplé ?) dans le mouvant du regard de l’attention, de l’intention de la vie par le souffle — seul — du moins en appren-tissage ? — dans le stylo qui grave, sur la page, des signes de la langue inscrite — déjà ! — à l’œilleton de la caméra, dans les poils du pinceau, du burin, ou de toute autre pratique artistique
. c’est maintenant que seul tu lis et vois, littéralement et dans aucun des sens, ce-qui-là est en train de se tourner –
15:55 Publié dans l'effondrement du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, effondrement, livre, art, cinéma, écrire, écriture
13/06/2006
L'effondrement du temps - extraits (3)
Le « tournant » des technologies hyper-industrielles de l’image : arme fatale d’auto-destruction totale, télépilotée des profondeurs abyssales du subconscient par notre attachement identi-fictionnel « terrifique », « viscéral », à l’archi-trace, l’archi-traum de la souffrance, du meurtre et de la mort.
Mais, simultanément, (« là où est le péril croît aussi ce qui sauve »), ce « tournant » est aussi l’invention involontaire, le surgissemnt inouï d’un régime impensable du feu de l’écriture. La technologie du cinématographe peut être lue-écrite-vécue comme levier, « re-levier » de dés-emparement, parcours spontané de signalisation insensée du passage-au-travers du mur temporel !
Rien d’autre : oser entrer dans le processus de mourir à sa propre « mort dans l’œil » : se laisser accélérer vers le crash dans le faux mur du fini et traverser l’écran traumatique du temps-de-cerveau pour ne pas se le faire acheter à prix exorbitant et crever muettement comme machin-chose.
La traversée du temps est l’Odyssée de la pénétration et, ce faisant, du sacrifice inconcevable de l’architraum de finitude. Au sens génitif où nous l’entendons, l’Opération d’Œdipe dont il s’agira ici implique la transmutation héroïque ou catharsis radicale de la tragédie humaine. Tel est pour nous, réinventé, le véritable « jeu » ou « travail » de deuil ( « Trauerspiel » comme le dit si justement l’allemand pour « tragédie » ). La pénétration chirurgicale du silence-tournant nous dé-tourne de « l’inquiétante étrangeté » générique du désir d’être une chose : une poupée méca-traumatique qui se cinématise image d’elle-même en parleries de terreur devant son rien.
Il ne s’agit donc pas de diaboliser la technique visible, mais de réaliser que la soi-disant conscience « humaine » se mon(s)tre originairement d’elle-même comme techno-logique, et et plus précisément comme désir fou de logique cinématographique. La démesure, l’hybris tragique du traum(a) humain n’est pas seulement une « faute » ou un pêché d’orgueil. Il participe aussi, et simultanément, d’une opération de réflexion non-mentale de la psyché humaine révélée, pour un œil dé-p(a)nsé, comme désir de mort, image mobile d’une machine fêlée à produire l’artifice du temps comme industrie de l’asphyxie universelle.
Fiction de différ(a)nce sur fond de répétition infernale, ce n’est pas la « Vie » qui « vit », c’est la « Mort » qui reproduit toujours déjà le produit « cin-hématome-graphique » d’une homophagie masturbatoire sans sujet qu’on appelle le « temps ». Dans le cyclotron du traum temporel, le programme de nos vies est déjà pré-post-pro-grammé. La mort est la première et dernière marchandise, et le premier et dernier programme de la marchandise. L’architraum du mécanisme impersonnel de la mise à mort de soi est le producteur et le consommateur du tournage de la marchandise de nos vies. Le jeu auto-pornographique de la mort consiste à toujours mieux se vendre à elle-même jusqu’à ce que mort s’en vive à mort de toute naissance à la mort...
Ce qui a lieu aujourd’hui dans et par nos yeux sous le mot de « nihilisme planétaire » n’est rien d’autre que la monstration sur grand écran du complexe militaro-industriel de l’archi-traum parlant, qui machine le film de la tragédie à tout jouir.
Peut-être ne sommes-nous ainsi parvenus à un stade de « pornographie mémorielle » de la mort généralisée qu’au tout début de la possibilité d’un véritable « stade du miroir »…
Le « pas-au-delà » franchit maintenant la « ligne de risque » du pensable : engagé aux frontières de l’épreuve insoutenue, il identifie les sables aveuglants du « dispositif » ou « gestell » heideggérien qui nous fait tourner de l’œil devant l’orgie « thanathocratique » de l’archi-traum réfléchissant.
Sans Dieu ni Mort ! L’imp(a)nsable pénètre, envahit, perfore, traque, presse, perce, s’insinue, troue le mur de l’illusion mortelle ; auto-génération irreligieuse et trans-rationnelle dans l’abîme de l’angoisse existentiale. La traversée du temps est la cinécriture consciente du silence tournant fissurant la pierre impleurée du méca-traum temporel.
La « pensée questionnante » ? Une religion raffinée non moins qu’acharnée du refus de perdre définitivement le contrôle sur le procès d’ouvraison impensable de l’angoisse … Une stratégie de complaisance frileuse, une machine-arrière subtile des poupées pipées de p(a)nserie philosophique, scientifique, artistique, religieuse, devant l’ivresse dionysiaque du travail d’inconnu qui pénètre et nous baise par le derrière de la p(a)nsée !… La p(a)nsée : ce serrement des fesses de la scission inéprouvée dans le soufflet de la souffrance, ce coup d’arrêt par détournement tragique du « processus » cathartique imp(a)nsable : Œdipe tyran, p(a)nseur du traum, maintient l’impératif catégorique de son droit à la « peste » temporelle pour une « culture » mortifère de pestiférés…
Dans cette radicalité de perspective, il est peut-être juste que soit réduite au régime de la marchandise l’entièreté de cette mémoire traumatique qui tient les rênes de ce qui nous tient lieu de « culture » depuis Néanderthal. Tout le film de la culture occidentale et mondiale est une unique tragédie impuissante à « changer la vie » pour la vie. À quoi bon alors l’art mortifère de la « p(a)nsée » ?
Si toutes les productions culturelles passées et présentes s’équivalent en force à présent dans l’exorbitance du grand zéro planétaire, s’interchangeant avec le n’importe quoi de n’importe qui, c’est aussi, et finalement, qu’elles n’ont pas le pouvoir de valoir autre chose, parce qu’il est révélé qu’elles participent à l’avènement du grand zéro qu’est la p(a)nsée !
« Rationnel », « irrationnel », tous les régimes de l’imaginaire mental touchent à leur fin, d’où l’intensification sans mesure de l’indécidabilité entre le « réel » et la « fiction » qui envahit nos écrans de télévision et de cinéma depuis quelques années. Mais la puissance illimitée de l’imagination créatrice attend d’autres contrées du souffle dans des corps d’asphyxiés, d’autres modalités embryonnaires se pressent aux portes de l’insupporté. Tourne la valve, s’ouvre la matière fossile de l’espace-temps : « nous sommes au temps zéro. Une nouvelle race d’aventuriers ».
Le traum chronologique n’est que la pensée-de-la-mort (machine-à-songes qui nous tourne), pensée qui, re-vue, est retournée à son dévoyeur fictif, et s’en retourne plus vite que possible à son inexistence - à moins qu’encore infatigués de notre propre folie, nous tenions follement encore au repoussoir des cris de la complication atroce ?…
L’Odyssée de la traversée du temps ne mène ni à la sortie, ni au désaveu du mouvement de la puissance du vivre au nom du retour à un principe posé comme transcendant. Ce mouvement insaisissable ne transcende pas l’immanence du flux de l’existence. Ce qu’il transcende et perfore totalement, c’est le plan d’auto-mortification radioactif que lui surimpose malignement le système traumatique de la mémoire mortelle : non, messieurs Nietzsche, Bataille, Deleuze and co, le « tragique », ce n’est pas « la joie » ! Non, messieurs les rationalistes et non, messieurs les spiritualistes, (guénoniens, corbiniens, chrétiens, ...), : ici même, le Devenir du mouvement qui nous meut n’a rien à voir avec ce que nous pensons fantasmatiquement vivre comme « temps », « durée », « flux », « histoire », « récit », « maya », « répétition », « écriture », ou même cinécriture pensante.
La « trans-immanence » autoconsciente du silence moteur est imp(a)nsable !
L’effondrement du temps, comme le DVD : Un jour est égal à tous les jours, désigne le processus expérimental de la traversée du traum temporel. Ce processus implique la dé-fusion en acte du mouvement réel à la temporalité tragique du pensable. Ce processus n’est pas un « projet » il n’émane pas d’une décision ou d’une volonté logique. Il ne se montre tangible qu’aux vrais asphyxiés des temps présents. Cesser d’entretenir subconsciemment le pacte de confusion mortelle entre « Temps » et « Devenir », c’est consentir à faire cesser la complaisante duplicité tragique qui consiste, pour Nietzsche, à nous demander de choisir entre « Dionysos » et le « Crucifié », c’est-à-dire entre deux types de cruci-fiction !
Bien plus que le Dionysos de Nietzsche, c’est le Dionysos grec qui est ici sommé de se retourner dans sa tombe oculaire, d’imploser dans la mue cathartique du serpent ouroborique du temps-pour-la-mort, et de faire exploser le masque mortuaire de la tragédie de la Terre en prononçant l’image-son d’une Puissance-de-Joie créatrice sans condition en son Devenir pénétrant.
D’où notre affirmation souveraine de l’expérience sans l’a priori d’aucune condition et la fusion opérative des frontières fanées entre art(s) science(s) philosophie littérature et psychologie qui masquent l’indivisibilité de l’acte créateur : le silence-moteur du Vu-Vibré-Vivant…
Le Devenir immobile agit en tout et partout sur la surface du globe à la vitesse immobile du silence de l’éclair. Le mégalithe de la Joie qui le symbolise est l’œil immédiat et sans yeux qui vibre immédiatement toute la matière déshabillée du temps. Définitivement est imp(a)nsable le mouvant. Un instant vit tous les instants, un jour est égal à tous les jours…
L’imp(a)nsable : peut-être bien une autre « maison de l’être », une autre « maison de production » aussi, la première qui, sans papiers, surgisse pourtant en papier pour, littérairement et dans toutes les sciences, trouer le papier-plan des murs tragiques de la p(a)nsée !
°° à suivre °°
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07/06/2006
L'effondrement du temps - extraits (2)
Il n’est en effet pas de conscience possible du temps qui ne dérive d’abord du choc originaire de la « mort » qui attend toute vie humaine. Toute possibilité d’anticipation de « l’avenir » est conditionnée par la certitude « absolue » de notre « mort ». Or les premières sépultures humaines ne remonteraient pas au-delà d’environ 60 000 de nos années terrestres, à l’époque de Néanderthal. Avant ? Quel avant ? Aucune trace historique ne serait venue jusqu’à présent attester d’un quelconque « avant objectif » ayant précédé le surgissement ahurissant de cette étrange logique qui temporalise toutes nos possibilités perceptives*. Mais si mourir est une invention à tout le moins « récente », cela fait de la « réalité objective » du temps « humain » autant que « cosmique » un paradoxe absolument indécidable, car il faudrait, « toujours déjà », qu’un homme ait eu le temps d’apparaître dans le temps pour que naisse de lui et en lui la possibilité même de construire quoi que ce soit comme objet temporel.
Maintenant, comment accorder à la réalité de la « mort » un degré de certitude aussi indubitable quand nous ne pouvons, en tout état de cause, que SUPPOSER ce dont nous n’avons pas encore une expérience directe, en dépit de ce que nous croyons devoir conclure des « disparitions » humaines qui jalonnent sans cesse notre vie ? Toute la logique temporelle surgit comme un accident rigoureusement incompréhensible dans ce nouveau mythe de « l’évolution de l’univers ». Cette logique temporelle repose elle-même sur un présupposé rigoureusement indémontrable, sinon en vertu d’une anticipation imaginaire qui présuppose déjà elle-même la logique temporelle qui fait justement problème ici. Incertain, impensable demeure en ce moment même l’instant de la naissance du temps.
Et tout se passe comme si cet « événement » fondateur de la conscience humaine que l’on appelle « la mort » agissait comme le traumatisme constitutif d’un système mémoriel qui n’a pourtant jamais vécu l’événement dont il est d’avance le plus certain !
Cet hématome de notre propre « mort », cette empreinte du traumatisme absolu est d’autant plus liée à un événement archaïque qu’on n’a jamais vécu en tant que tel qu’il n’aura précisément jamais eu lieu « dans » le temps. Au contraire, c’est à partir de sa « trace-d’avant-naître » que naît en lui le battement pulsatif de notre conscience mortelle du flux temporel.
Et si l’on veut être honnêtement fou jusqu’au bout avec notre folie d’êtres prétendument rationnels, il faut dire que tout se passe comme si notre « mort » n’allait effectivement pas avoir lieu « après » notre vie, mais qu’elle avait déjà eu lieu, qu’elle s’était déjà jouée de nous, en nous, pendant notre naissance physique (?**), plus exactement sans doute, que nous avons déjà vécu notre mort à cette vie terrestre au moment de notre naissance définitive à la conscience de la mort, et que, par une anticipation compulsive, nous redoutons inconsciemment en permanence de renaître à la mort, de revivre l’instant du contact avec le fond de mort sur lequel repose toute notre vie…
Depuis 60 000 ans, ou plus, tels des fœtus morts-nés, nous mort-vivons génériquement dans le réduit peut-être affreusement minuscule, improbable, peut-être même totalement inexistant - qui sait ? -, d’un mur de terreur traumatique : le mur du temps.
Cet architraum de la naissance à la mort qu’est notre naissance à la naissance psycho-physique, et dont l’extraordinaire force de présomption commande l’économie entière du désir psychique depuis Néanderthal, (ou avant), - que l’on soit ou non « croyant » -, cette blessure originaire constitue la matière informulée du mur temporel.
En quelle langue cet architraum de la mort parle-t-il d’un bout à l’autre de la planète ? Cet architraum de l’angoisse existentielle n’est-il pas d’autant plus indicible qu’il serait l’origine même, informulable, du langage humain ?
Silence-tournant, l’imp(a)nsable, est le mouvement immobile de la traversée du mur du temps.
L’écriture cinématographique de la p(a)nsée est la technologie aveugle du gramma-traum - ou « condition humaine ».
À contre-flux, en cata-strophe, interruption anti-rythmique du traum, césure de notre tragédie : le silence-tournant. Quand, radicalement, l’œil-oreille-main se détourne du tournis des mots-et-des-images dans la chambre noire du cerveau, quand se fracture la pensée-désir qui croit dur comme fer aux finalités de son tournage, alors silence-tournant, la technologie visionnaire du « vu-vibré-vivant », se révèle toujours déjà immédiatement en train de « nous » silence-tourner.
« Rétrocéder » dans l’abîme de l’angoisse informulée. OUI. Pénétrer sans retour dans l’asphyxie de « l’angoisse existentiale », en laissant vaciller la systémique du traum(a) de la naissance et, perdant la face et les yeux de la vrille ciné-pensante, consentir au choc que le silence nous tourne déjà bien « avant » et « après » la fin de la fiction mensongère de notre « être-pour-la-mort ». Cet abîme...
Le silence-fission du tournage ne préalable rien de pensable.
Cette rétrocession a son site dans la zone-des-périls extrêmes de la conscience humaine, abouchée au nexus de l’angoisse-devant-la-mort. Elle implique l’émergence d’une anatomie subtile de l’imp(a)nsable, qui se « construit » de détruire-brûler-pénétrer la ciné-gramma-traumie de la mécanique pensante qui dit « je » en chaque point du réseau de la matrix temporelle.
Tout étant toujours déjà tournant, le film de cette cinécriture anti-cinématographique qui dés-écrit le « complexe » originaire humain est l’histoire vraie du silence-tournant en train de tourner nos vies exactement mon(s)trées telles qu’elles se dé-tournent du pire. Un pire qu’elles sécrètent automatiquement à l’encontre d’elles-mêmes : le film du monde tel qu’il se tourne en ce moment même dans le cinéma de nos consciences envoûtées...
(cf « L’histoire secrète de l’espèce humaine » de Michael Cremo et Richard Thompson, 2002, éd. Le Rocher)
** Rien n’est moins sûr si l’on en croit les dernières découvertes scientifiques sur la vie intra-utérine.
-)(- à suivre -()-
16:30 Publié dans l'effondrement du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30/05/2006
L'effondrement du temps - extraits (1)
« Et l’impensable est aussi un être qui un jour remplacera la pensée et vous y serez la toute première du côté où l’on enterre la pensée elle-même sous la matière de la pensée. »
L’homme a vu ses pensées traverser son cerveau. Et il les a regardées. D’habitude, il était ses pensées. Il était ce train qui n’en finit jamais d’arriver. Mais ce qu’il regardait, cette fois il l’a vu. Lui qui, d’habitude, ne sentait rien de différent de lui, a vu le train de ses pensées avec des yeux qui n’étaient pas les siens. Puis, c’est redevenu comme à son habitude, il pensait, absent, ou plutôt : ça pensait tout seul en lui. Mais des milliers de fois, et des milliers encore, l’homme a vu. Et non seulement cette pensée d’un soir, mais celles aussi qu’on dit « sérieuses », celles des savants, des artistes, des philosophes. Soudain, voir, cette sensation d’un oeil étranger au train des pensées, apparaissait comme née des limbes, avec des contours distincts, l’espace d’un clignement des paupières.
Puis, cela redevenait comme avant. On oubliait : on pensait. On y pensait même, on réfléchissait. On était de nouveau porté par l’immense flux des choses indistinctes dont on faisait soi-même partie sans savoir - sans rien savoir : ni qu’on n’avait jamais vécu, que la vie n’était pas encore née, ni que le temps était un mur traversable, et qu’on allait changer de conscience…
« Si le cinématographe peut pénétrer les flux des consciences au point de donner parfois l’impression qu’il les contrôle, surtout lorsqu’il devient télévision, c’est parce que la conscience est elle-même avant tout projection, tout aussi bien que montage et réalisation d’un flux temporel où les flux en quoi consistent les objets cinématographiques se coulent, s’écoulent, se moulent, et moulent en retour le matériau des masses de consciences auxquelles l’industrie s’adresse à travers eux. Car les marchés sont avant tout des consciences. Or, l’intégration des industries du symbole et de la logistique est ce qui permet, lorsque le cinéma devient télévision, un contrôle total des marchés en tant qu’ensembles de flux de consciences qu’il s’agit de synchroniser.
Cependant, une conscience est essentiellement libre, c’est-à-dire diachronique, c’est-à-dire exceptionnelle, singulière, irréductiblement mienne.
De cet état de fait qu’habite une contradiction explosive résulte un profond mal-être – un mal-être historique que l’on n’ose plus appeler une « époque de l’être », mais plutôt une épreuve du devenir vécu comme non-être, c’est-à-dire comme devenir-mauvais : comme néant.
Ainsi s’ouvre à nouveau la question du mal. »
La technique et le temps 3. Le temps du cinéma)
l’Homme a joué
tous les rôles ! »
Nous sommes entrés, irréversiblement, dans l’ère des périls extrêmes du fait humain. Le cyclotron du temps, où s’accentue la tétanie d’avenir, entraîne notre espèce vers son heure critique. Chaque jour qui passe réduit les « options » de notre « opsis » à une terrible alternative : MUTER ou DISPARAÎTRE. Muter, mais vers quoi ? Et comment ? Là, béant, s’ouvre en complexité le champ du futur. Pour autant cependant qu’il nous soit donné d’en examiner les profils, et de toute façon, le prix à terme de nos seules perspectives sera tragique : le prix de l’ex-orbitant.
En effet, par la force avec laquelle elles s’imposent maintenant à nos vies quotidiennes, les technologies hyperindustrielles de l’image et du son relèvent précisément d’un dispositif de destruction massive des consciences assujetties au programme de la marchandise, autrement dit à « du temps de cerveau disponible pour Coca-Cola », pour reprendre la terrible formule de Patrick Lelay, directeur de TF1.
Désormais source des profits les plus juteux, les images-sons qui pénètrent nos flux psychiques dans leur
immense majorité - mais que nous consentons d’abord à nous projeter nous-mêmes -, nous crèvent littéralement les yeux et les tympans. Aveuglés et assourdis d’exténuation devant leur non-sens et leur violence continue, nous devenons progressivement inaptes à former nous-mêmes les visages de nos vies. L’organisation de la cécité et de la surdité collectives a déjà pris le contrôle de la civilisation mondiale.
Mais ce n’est pas tout. Les progrès actuels de la technique et de l’industrie génétique, laissent également poindre à l’horizon du milieu de siècle la possibilité d’une industrialisation progressive de chacune des parties du corps humain, et par là-même d’une substitution extensive des fonctions organiques - notamment la fonction de reproduction - à celles, entièrement artificielles, issues des imminentes victoires de l’ingénierie médicale.
Ainsi, le couplage du contrôle technique, financier (et militaire) des flux audiovisuels avec celui des industries informatiques, robotiques et génétiques permet d’entrevoir pour un jour relativement proche que la quasi-totalité des idées, émotions, pulsions et structures organiques de la majorité des homo sapiens soit réduite au régime impitoyable de la marchandise à l’échelle planétaire.
La gravité de cette pente que nous suivons pour la plupart les yeux grand fermés, et que nulle intervention humaine ne semble aujourd’hui en mesure d’empêcher radicalement, signifie bien davantage qu’un « déclin » de la culture. Elle ouvre pour la première fois au regard non seulement la perspective d’une industrialisation sans limites du genre humain, mais surtout celle, proprement tragique, d’une robotisation sourdement consentie, inavouablement souhaitée, et en fait activement promue par nul autre que nous-mêmes…
Depuis plus d’un demi-siècle, nombre d’observateurs, écrivains et cinéastes,
ont commencé à anticiper et à dénoncer le danger de cette stratégie d’ex-orbitation de notre espèce : fabriquer une sous-espèce d’esclaves humains réduits à de l’engrais bio-mécanique, autrement dit à du papier-machine génétique sur lequel viendraient s’écrire les prochaines pages de l’histoire terrestre. Ainsi s’imposerait, sous couvert « d’intelligence artificielle », le spectre terrifiant d’une nouvelle domination de l’eugénisme fasciste : l’avènement du « Successeur » (selon Jean-Michel Truong), ou celui de la « Matrix »…
À l’inverse, les prophètes hyperscientistes voient le règne de la technique annoncer l’autodépassement conquérant de notre vieille humanité périmée au bénéfice d’une (sur)humanité « augmentée », « optimisée » jusqu’à l’inimaginable. Bravant les prescriptions éculées du vieux continent de la peur ancestrale à visage « humaniste » ou « religieux », nous passerions, selon eux, de ce vieux corps fallacieux que l’on dit « naturel » - mais en fait aliéné aux lois arbitraires et limitatives de la « Carte-Mère-Nature » -, à un corps véritablement « humain » en ceci que nous serions devenus les seuls « maîtres et possesseurs » des lois de sa programmation et de sa fabrication assistée par ordinateur. Serait alors et seulement « humain » ce corps « post-humain », entièrement artefactuel, idéalement sans frontières, c’est-à-dire potentiellement capable de subir des mutations aléatoires indéfinies. Dans cette nouvelle mythologie du futur fondée sur la primauté de l’art bio-industriel, toute la vie psychique se verrait elle aussi « reconfigurée », d’abord « purifiée », « sécurisée », puis « augmentée » et « optimisée », en vertu des « miracles » massivement reproductibles générés par le progrès perpétuel des manipulations génétiques, des techniques de greffes et d’implants neuro-chirurgicaux, toutes transformations nécessaires à l’avènement d’un cerveau planétaire actuellement en cours d’émergence « organique ».
Alors, auto-disparition ou auto-dépassement conquérant de l’humanité par elle-même ?
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29/05/2006
L'effondrement du temps - pénétration 1
Le premier volet de l'effondrement du temps est paru au Grand Souffle Éditions !
Texte du quatrième de couverture :
pénétration I
Quand bien même l’aurais-tu pressenti dans la nuit de ta vie, tu n’aurais pas imaginé un instant que la fulgurante accélération des événements du monde n’emportait pas tes souffles vers une nouvelle époque de l’histoire, mais vers une mutation inouïe pulvérisant tes millénaires de certitudes fossiles. Car cette chose était folle, totalement inconcevable : ce fut, ce sera, et c’est l’effondrement du temps.
Et pourtant, venu du plus profond, tu étais cet enfant asphyxié dans le labyrinthe de la tragédie de la Terre, et tu cherchais, sans savoir, à respirer un nouvel air dans la conscience cardiaque des fissures de l’espèce.
Là, au centre du CRI, le virage t’avait pris comme un homme prend sa flamme, ce fut l’alerte du pas, le franchissement du mur, ceci, déjà, n’était plus un livre. Tu tenais, tu tiens entre tes mains les premières images, les premiers mots du processus : l’impensable Odyssée de la traversée du temps…
L'imp(a)nsable est l'auteur collectif d'un laboratoire des écritures-dés-emparées : des plasticien(ne)s, écrivains, poètes, cinéastes et philosophes ont mêlé le cri de leur métamorphose en un geste radical qui fait muter la philosophie en roman, le roman en une chirurgie sans anesthésie du théâtre et du cinématographe de la conscience, et cette cinégraphie sur papier de la tragédie humaine, en un acte poïétique qui perfore tous les genres de l’impasse temporelle.
Deux autres tomes suivront ce premier acte de la Trilogie. Ils incluront le DVD de l’effondrement du temps : un jour est égal à tous les jours.
À l’heure où chacun veut se faire un nom, perdant le nôtre dans le processus, nous n’avons pu nous résoudre à nous signer dans les lettres d’une identité invraisemblable.
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