13/06/2006
L'effondrement du temps - extraits (3)
Le « tournant » des technologies hyper-industrielles de l’image : arme fatale d’auto-destruction totale, télépilotée des profondeurs abyssales du subconscient par notre attachement identi-fictionnel « terrifique », « viscéral », à l’archi-trace, l’archi-traum de la souffrance, du meurtre et de la mort.
Mais, simultanément, (« là où est le péril croît aussi ce qui sauve »), ce « tournant » est aussi l’invention involontaire, le surgissemnt inouï d’un régime impensable du feu de l’écriture. La technologie du cinématographe peut être lue-écrite-vécue comme levier, « re-levier » de dés-emparement, parcours spontané de signalisation insensée du passage-au-travers du mur temporel !
Rien d’autre : oser entrer dans le processus de mourir à sa propre « mort dans l’œil » : se laisser accélérer vers le crash dans le faux mur du fini et traverser l’écran traumatique du temps-de-cerveau pour ne pas se le faire acheter à prix exorbitant et crever muettement comme machin-chose.
La traversée du temps est l’Odyssée de la pénétration et, ce faisant, du sacrifice inconcevable de l’architraum de finitude. Au sens génitif où nous l’entendons, l’Opération d’Œdipe dont il s’agira ici implique la transmutation héroïque ou catharsis radicale de la tragédie humaine. Tel est pour nous, réinventé, le véritable « jeu » ou « travail » de deuil ( « Trauerspiel » comme le dit si justement l’allemand pour « tragédie » ). La pénétration chirurgicale du silence-tournant nous dé-tourne de « l’inquiétante étrangeté » générique du désir d’être une chose : une poupée méca-traumatique qui se cinématise image d’elle-même en parleries de terreur devant son rien.
Il ne s’agit donc pas de diaboliser la technique visible, mais de réaliser que la soi-disant conscience « humaine » se mon(s)tre originairement d’elle-même comme techno-logique, et et plus précisément comme désir fou de logique cinématographique. La démesure, l’hybris tragique du traum(a) humain n’est pas seulement une « faute » ou un pêché d’orgueil. Il participe aussi, et simultanément, d’une opération de réflexion non-mentale de la psyché humaine révélée, pour un œil dé-p(a)nsé, comme désir de mort, image mobile d’une machine fêlée à produire l’artifice du temps comme industrie de l’asphyxie universelle.
Fiction de différ(a)nce sur fond de répétition infernale, ce n’est pas la « Vie » qui « vit », c’est la « Mort » qui reproduit toujours déjà le produit « cin-hématome-graphique » d’une homophagie masturbatoire sans sujet qu’on appelle le « temps ». Dans le cyclotron du traum temporel, le programme de nos vies est déjà pré-post-pro-grammé. La mort est la première et dernière marchandise, et le premier et dernier programme de la marchandise. L’architraum du mécanisme impersonnel de la mise à mort de soi est le producteur et le consommateur du tournage de la marchandise de nos vies. Le jeu auto-pornographique de la mort consiste à toujours mieux se vendre à elle-même jusqu’à ce que mort s’en vive à mort de toute naissance à la mort...
Ce qui a lieu aujourd’hui dans et par nos yeux sous le mot de « nihilisme planétaire » n’est rien d’autre que la monstration sur grand écran du complexe militaro-industriel de l’archi-traum parlant, qui machine le film de la tragédie à tout jouir.
Peut-être ne sommes-nous ainsi parvenus à un stade de « pornographie mémorielle » de la mort généralisée qu’au tout début de la possibilité d’un véritable « stade du miroir »…
Le « pas-au-delà » franchit maintenant la « ligne de risque » du pensable : engagé aux frontières de l’épreuve insoutenue, il identifie les sables aveuglants du « dispositif » ou « gestell » heideggérien qui nous fait tourner de l’œil devant l’orgie « thanathocratique » de l’archi-traum réfléchissant.
Sans Dieu ni Mort ! L’imp(a)nsable pénètre, envahit, perfore, traque, presse, perce, s’insinue, troue le mur de l’illusion mortelle ; auto-génération irreligieuse et trans-rationnelle dans l’abîme de l’angoisse existentiale. La traversée du temps est la cinécriture consciente du silence tournant fissurant la pierre impleurée du méca-traum temporel.
La « pensée questionnante » ? Une religion raffinée non moins qu’acharnée du refus de perdre définitivement le contrôle sur le procès d’ouvraison impensable de l’angoisse … Une stratégie de complaisance frileuse, une machine-arrière subtile des poupées pipées de p(a)nserie philosophique, scientifique, artistique, religieuse, devant l’ivresse dionysiaque du travail d’inconnu qui pénètre et nous baise par le derrière de la p(a)nsée !… La p(a)nsée : ce serrement des fesses de la scission inéprouvée dans le soufflet de la souffrance, ce coup d’arrêt par détournement tragique du « processus » cathartique imp(a)nsable : Œdipe tyran, p(a)nseur du traum, maintient l’impératif catégorique de son droit à la « peste » temporelle pour une « culture » mortifère de pestiférés…
Dans cette radicalité de perspective, il est peut-être juste que soit réduite au régime de la marchandise l’entièreté de cette mémoire traumatique qui tient les rênes de ce qui nous tient lieu de « culture » depuis Néanderthal. Tout le film de la culture occidentale et mondiale est une unique tragédie impuissante à « changer la vie » pour la vie. À quoi bon alors l’art mortifère de la « p(a)nsée » ?
Si toutes les productions culturelles passées et présentes s’équivalent en force à présent dans l’exorbitance du grand zéro planétaire, s’interchangeant avec le n’importe quoi de n’importe qui, c’est aussi, et finalement, qu’elles n’ont pas le pouvoir de valoir autre chose, parce qu’il est révélé qu’elles participent à l’avènement du grand zéro qu’est la p(a)nsée !
« Rationnel », « irrationnel », tous les régimes de l’imaginaire mental touchent à leur fin, d’où l’intensification sans mesure de l’indécidabilité entre le « réel » et la « fiction » qui envahit nos écrans de télévision et de cinéma depuis quelques années. Mais la puissance illimitée de l’imagination créatrice attend d’autres contrées du souffle dans des corps d’asphyxiés, d’autres modalités embryonnaires se pressent aux portes de l’insupporté. Tourne la valve, s’ouvre la matière fossile de l’espace-temps : « nous sommes au temps zéro. Une nouvelle race d’aventuriers ».
Le traum chronologique n’est que la pensée-de-la-mort (machine-à-songes qui nous tourne), pensée qui, re-vue, est retournée à son dévoyeur fictif, et s’en retourne plus vite que possible à son inexistence - à moins qu’encore infatigués de notre propre folie, nous tenions follement encore au repoussoir des cris de la complication atroce ?…
L’Odyssée de la traversée du temps ne mène ni à la sortie, ni au désaveu du mouvement de la puissance du vivre au nom du retour à un principe posé comme transcendant. Ce mouvement insaisissable ne transcende pas l’immanence du flux de l’existence. Ce qu’il transcende et perfore totalement, c’est le plan d’auto-mortification radioactif que lui surimpose malignement le système traumatique de la mémoire mortelle : non, messieurs Nietzsche, Bataille, Deleuze and co, le « tragique », ce n’est pas « la joie » ! Non, messieurs les rationalistes et non, messieurs les spiritualistes, (guénoniens, corbiniens, chrétiens, ...), : ici même, le Devenir du mouvement qui nous meut n’a rien à voir avec ce que nous pensons fantasmatiquement vivre comme « temps », « durée », « flux », « histoire », « récit », « maya », « répétition », « écriture », ou même cinécriture pensante.
La « trans-immanence » autoconsciente du silence moteur est imp(a)nsable !
L’effondrement du temps, comme le DVD : Un jour est égal à tous les jours, désigne le processus expérimental de la traversée du traum temporel. Ce processus implique la dé-fusion en acte du mouvement réel à la temporalité tragique du pensable. Ce processus n’est pas un « projet » il n’émane pas d’une décision ou d’une volonté logique. Il ne se montre tangible qu’aux vrais asphyxiés des temps présents. Cesser d’entretenir subconsciemment le pacte de confusion mortelle entre « Temps » et « Devenir », c’est consentir à faire cesser la complaisante duplicité tragique qui consiste, pour Nietzsche, à nous demander de choisir entre « Dionysos » et le « Crucifié », c’est-à-dire entre deux types de cruci-fiction !
Bien plus que le Dionysos de Nietzsche, c’est le Dionysos grec qui est ici sommé de se retourner dans sa tombe oculaire, d’imploser dans la mue cathartique du serpent ouroborique du temps-pour-la-mort, et de faire exploser le masque mortuaire de la tragédie de la Terre en prononçant l’image-son d’une Puissance-de-Joie créatrice sans condition en son Devenir pénétrant.
D’où notre affirmation souveraine de l’expérience sans l’a priori d’aucune condition et la fusion opérative des frontières fanées entre art(s) science(s) philosophie littérature et psychologie qui masquent l’indivisibilité de l’acte créateur : le silence-moteur du Vu-Vibré-Vivant…
Le Devenir immobile agit en tout et partout sur la surface du globe à la vitesse immobile du silence de l’éclair. Le mégalithe de la Joie qui le symbolise est l’œil immédiat et sans yeux qui vibre immédiatement toute la matière déshabillée du temps. Définitivement est imp(a)nsable le mouvant. Un instant vit tous les instants, un jour est égal à tous les jours…
L’imp(a)nsable : peut-être bien une autre « maison de l’être », une autre « maison de production » aussi, la première qui, sans papiers, surgisse pourtant en papier pour, littérairement et dans toutes les sciences, trouer le papier-plan des murs tragiques de la p(a)nsée !
°° à suivre °°
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08/06/2006
L'expérience nUe - extraits (2)
ni dedans ni dehors
(l’espace de l’espèce-en-nœud)
appartement 2035844 d’une rue de melun,
france
au microcosme de cette ville nulem
où
la pensée-monde livre sa guerre à la
nature contre l’humain contre son rêve
contre tout espoir et contre toute attente
(l'absinthe)
où
les pouvoirs publiques éveillent à
l’impuissance radicale de changer le
monde dans son progrès vers le mur
où
l’écrivain en manque d’air (t)roue et se
trou(v)e par râclure-râture-décomposition
dans la langue d'un souffle sans
composition d'atmosphère
la DOULEUR ne pourra être vécue éternellement dans son retour quatro il faudra bien que le cube soit lancé contre la vitre du ciel il faudra bien quatro que l'espace de ton jeu et de ton tempos dans l'écoulement du sang se fracasse contre le blanc
la lumière violette
le 2
ni dedans ni dehors
agonie douloureuse du refus de ce-qui-est (paraît ?) — en cours, langue vrillée dans la douleur convoqué je suis dans le compost des ruines-du-temps qu’un feu VIOlent assaille de toutes parts mourir de ne pas (être) - mort ne serait-ce pas plus juste d’écrire : ne plus (être- là) douleur impose la fulgurance d’une intuition du dé-sastre STOP
(ces mots construisent un mur systématique du refus de l’épreuve)
*
le verbe « être » revient telle la ritournelle de mon absence en creux de son affirmation
de faire sens,
sens d’essence ? tandis que les sensations fusent dans l’espace se déréalisent fuguent esquissent entonnent puis tonnent de leur stridence dans un cortège d’endeuillé que réfrène la mentale
les la(r)mes le drame dans la ouate nOn dans le caillou le caillou le caillou le sang caille les yeux nuisent la langue fourche la cruche
renforce son anse chevaux, aboient les herbes cheveux du rêve d’un coquelicot qui pousse près d’une statue
13:19 Publié dans l'expérience nUe | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
07/06/2006
L'effondrement du temps - extraits (2)
Il n’est en effet pas de conscience possible du temps qui ne dérive d’abord du choc originaire de la « mort » qui attend toute vie humaine. Toute possibilité d’anticipation de « l’avenir » est conditionnée par la certitude « absolue » de notre « mort ». Or les premières sépultures humaines ne remonteraient pas au-delà d’environ 60 000 de nos années terrestres, à l’époque de Néanderthal. Avant ? Quel avant ? Aucune trace historique ne serait venue jusqu’à présent attester d’un quelconque « avant objectif » ayant précédé le surgissement ahurissant de cette étrange logique qui temporalise toutes nos possibilités perceptives*. Mais si mourir est une invention à tout le moins « récente », cela fait de la « réalité objective » du temps « humain » autant que « cosmique » un paradoxe absolument indécidable, car il faudrait, « toujours déjà », qu’un homme ait eu le temps d’apparaître dans le temps pour que naisse de lui et en lui la possibilité même de construire quoi que ce soit comme objet temporel.
Maintenant, comment accorder à la réalité de la « mort » un degré de certitude aussi indubitable quand nous ne pouvons, en tout état de cause, que SUPPOSER ce dont nous n’avons pas encore une expérience directe, en dépit de ce que nous croyons devoir conclure des « disparitions » humaines qui jalonnent sans cesse notre vie ? Toute la logique temporelle surgit comme un accident rigoureusement incompréhensible dans ce nouveau mythe de « l’évolution de l’univers ». Cette logique temporelle repose elle-même sur un présupposé rigoureusement indémontrable, sinon en vertu d’une anticipation imaginaire qui présuppose déjà elle-même la logique temporelle qui fait justement problème ici. Incertain, impensable demeure en ce moment même l’instant de la naissance du temps.
Et tout se passe comme si cet « événement » fondateur de la conscience humaine que l’on appelle « la mort » agissait comme le traumatisme constitutif d’un système mémoriel qui n’a pourtant jamais vécu l’événement dont il est d’avance le plus certain !
Cet hématome de notre propre « mort », cette empreinte du traumatisme absolu est d’autant plus liée à un événement archaïque qu’on n’a jamais vécu en tant que tel qu’il n’aura précisément jamais eu lieu « dans » le temps. Au contraire, c’est à partir de sa « trace-d’avant-naître » que naît en lui le battement pulsatif de notre conscience mortelle du flux temporel.
Et si l’on veut être honnêtement fou jusqu’au bout avec notre folie d’êtres prétendument rationnels, il faut dire que tout se passe comme si notre « mort » n’allait effectivement pas avoir lieu « après » notre vie, mais qu’elle avait déjà eu lieu, qu’elle s’était déjà jouée de nous, en nous, pendant notre naissance physique (?**), plus exactement sans doute, que nous avons déjà vécu notre mort à cette vie terrestre au moment de notre naissance définitive à la conscience de la mort, et que, par une anticipation compulsive, nous redoutons inconsciemment en permanence de renaître à la mort, de revivre l’instant du contact avec le fond de mort sur lequel repose toute notre vie…
Depuis 60 000 ans, ou plus, tels des fœtus morts-nés, nous mort-vivons génériquement dans le réduit peut-être affreusement minuscule, improbable, peut-être même totalement inexistant - qui sait ? -, d’un mur de terreur traumatique : le mur du temps.
Cet architraum de la naissance à la mort qu’est notre naissance à la naissance psycho-physique, et dont l’extraordinaire force de présomption commande l’économie entière du désir psychique depuis Néanderthal, (ou avant), - que l’on soit ou non « croyant » -, cette blessure originaire constitue la matière informulée du mur temporel.
En quelle langue cet architraum de la mort parle-t-il d’un bout à l’autre de la planète ? Cet architraum de l’angoisse existentielle n’est-il pas d’autant plus indicible qu’il serait l’origine même, informulable, du langage humain ?
Silence-tournant, l’imp(a)nsable, est le mouvement immobile de la traversée du mur du temps.
L’écriture cinématographique de la p(a)nsée est la technologie aveugle du gramma-traum - ou « condition humaine ».
À contre-flux, en cata-strophe, interruption anti-rythmique du traum, césure de notre tragédie : le silence-tournant. Quand, radicalement, l’œil-oreille-main se détourne du tournis des mots-et-des-images dans la chambre noire du cerveau, quand se fracture la pensée-désir qui croit dur comme fer aux finalités de son tournage, alors silence-tournant, la technologie visionnaire du « vu-vibré-vivant », se révèle toujours déjà immédiatement en train de « nous » silence-tourner.
« Rétrocéder » dans l’abîme de l’angoisse informulée. OUI. Pénétrer sans retour dans l’asphyxie de « l’angoisse existentiale », en laissant vaciller la systémique du traum(a) de la naissance et, perdant la face et les yeux de la vrille ciné-pensante, consentir au choc que le silence nous tourne déjà bien « avant » et « après » la fin de la fiction mensongère de notre « être-pour-la-mort ». Cet abîme...
Le silence-fission du tournage ne préalable rien de pensable.
Cette rétrocession a son site dans la zone-des-périls extrêmes de la conscience humaine, abouchée au nexus de l’angoisse-devant-la-mort. Elle implique l’émergence d’une anatomie subtile de l’imp(a)nsable, qui se « construit » de détruire-brûler-pénétrer la ciné-gramma-traumie de la mécanique pensante qui dit « je » en chaque point du réseau de la matrix temporelle.
Tout étant toujours déjà tournant, le film de cette cinécriture anti-cinématographique qui dés-écrit le « complexe » originaire humain est l’histoire vraie du silence-tournant en train de tourner nos vies exactement mon(s)trées telles qu’elles se dé-tournent du pire. Un pire qu’elles sécrètent automatiquement à l’encontre d’elles-mêmes : le film du monde tel qu’il se tourne en ce moment même dans le cinéma de nos consciences envoûtées...
(cf « L’histoire secrète de l’espèce humaine » de Michael Cremo et Richard Thompson, 2002, éd. Le Rocher)
** Rien n’est moins sûr si l’on en croit les dernières découvertes scientifiques sur la vie intra-utérine.
-)(- à suivre -()-
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