07/06/2006
L'effondrement du temps - extraits (2)
Mais dans l’incertitude de ce « quitte ou double » où s’engage déjà une partie déterminante du destin de notre espèce, une autre perspective de mutation s’offre aussi à ceux qui pressentent l’immensité du tournant évolutif en lequel flue déjà le courant de nos vies. Une mutation sans doute infiniment plus radicale. Car l’alternative évoquée ci-dessus se déploie à partir d’un mythe fondateur de l’édifice « humain » qui pourrait bien s’avérer lui-même entièrement caduc : la croyance archi-dogmatique en la condition temporelle de notre vie sur terre. Et ici, loin de nous d’invoquer quelque arrière-monde religieux ou métaphysique de nature post-mortem : certaines des données même de la science moderne (sans parler de la majeure partie de la philosophie occidentale après Kant) nous conduisent naturellement à remettre rigoureusement en cause ce dogme qui commande tyranniquement l’entière géographie du champ actuel de la philosophie, comme celle de l’ensemble des disciplines dites « scientifiques ». Si l’on en croit en effet la théorie synthétique de l’évolution dans son état actuel, nous sommes depuis un certain temps déjà contraints de nous interroger profondément sur le fait que le temps ait toujours été là, « avant nous », le temps que l’on nomme et pense mesurer comme « cosmique », celui que l’on présuppose hâtivement « objectif », et que l’on situe d’emblée « avant » l’émergence « historique » de notre espèce hautement faillible. Car selon les résultats présumés de la paléontologie , il ne s’est pas passé plus de quelques minuscules dizaines de milliers de nos années terrestres avant que quiconque d’entre nous, humains, ne commence à former en lui l’image perceptive du mouvement général de la vie en tant que spatio-temporel, c’est-à-dire en tant qu’interprétation du flux vivant.
Il n’est en effet pas de conscience possible du temps qui ne dérive d’abord du choc originaire de la « mort » qui attend toute vie humaine. Toute possibilité d’anticipation de « l’avenir » est conditionnée par la certitude « absolue » de notre « mort ». Or les premières sépultures humaines ne remonteraient pas au-delà d’environ 60 000 de nos années terrestres, à l’époque de Néanderthal. Avant ? Quel avant ? Aucune trace historique ne serait venue jusqu’à présent attester d’un quelconque « avant objectif » ayant précédé le surgissement ahurissant de cette étrange logique qui temporalise toutes nos possibilités perceptives*. Mais si mourir est une invention à tout le moins « récente », cela fait de la « réalité objective » du temps « humain » autant que « cosmique » un paradoxe absolument indécidable, car il faudrait, « toujours déjà », qu’un homme ait eu le temps d’apparaître dans le temps pour que naisse de lui et en lui la possibilité même de construire quoi que ce soit comme objet temporel.
Maintenant, comment accorder à la réalité de la « mort » un degré de certitude aussi indubitable quand nous ne pouvons, en tout état de cause, que SUPPOSER ce dont nous n’avons pas encore une expérience directe, en dépit de ce que nous croyons devoir conclure des « disparitions » humaines qui jalonnent sans cesse notre vie ? Toute la logique temporelle surgit comme un accident rigoureusement incompréhensible dans ce nouveau mythe de « l’évolution de l’univers ». Cette logique temporelle repose elle-même sur un présupposé rigoureusement indémontrable, sinon en vertu d’une anticipation imaginaire qui présuppose déjà elle-même la logique temporelle qui fait justement problème ici. Incertain, impensable demeure en ce moment même l’instant de la naissance du temps.
Et tout se passe comme si cet « événement » fondateur de la conscience humaine que l’on appelle « la mort » agissait comme le traumatisme constitutif d’un système mémoriel qui n’a pourtant jamais vécu l’événement dont il est d’avance le plus certain !
Cet hématome de notre propre « mort », cette empreinte du traumatisme absolu est d’autant plus liée à un événement archaïque qu’on n’a jamais vécu en tant que tel qu’il n’aura précisément jamais eu lieu « dans » le temps. Au contraire, c’est à partir de sa « trace-d’avant-naître » que naît en lui le battement pulsatif de notre conscience mortelle du flux temporel.
Il n’est en effet pas de conscience possible du temps qui ne dérive d’abord du choc originaire de la « mort » qui attend toute vie humaine. Toute possibilité d’anticipation de « l’avenir » est conditionnée par la certitude « absolue » de notre « mort ». Or les premières sépultures humaines ne remonteraient pas au-delà d’environ 60 000 de nos années terrestres, à l’époque de Néanderthal. Avant ? Quel avant ? Aucune trace historique ne serait venue jusqu’à présent attester d’un quelconque « avant objectif » ayant précédé le surgissement ahurissant de cette étrange logique qui temporalise toutes nos possibilités perceptives*. Mais si mourir est une invention à tout le moins « récente », cela fait de la « réalité objective » du temps « humain » autant que « cosmique » un paradoxe absolument indécidable, car il faudrait, « toujours déjà », qu’un homme ait eu le temps d’apparaître dans le temps pour que naisse de lui et en lui la possibilité même de construire quoi que ce soit comme objet temporel.
Maintenant, comment accorder à la réalité de la « mort » un degré de certitude aussi indubitable quand nous ne pouvons, en tout état de cause, que SUPPOSER ce dont nous n’avons pas encore une expérience directe, en dépit de ce que nous croyons devoir conclure des « disparitions » humaines qui jalonnent sans cesse notre vie ? Toute la logique temporelle surgit comme un accident rigoureusement incompréhensible dans ce nouveau mythe de « l’évolution de l’univers ». Cette logique temporelle repose elle-même sur un présupposé rigoureusement indémontrable, sinon en vertu d’une anticipation imaginaire qui présuppose déjà elle-même la logique temporelle qui fait justement problème ici. Incertain, impensable demeure en ce moment même l’instant de la naissance du temps.
Et tout se passe comme si cet « événement » fondateur de la conscience humaine que l’on appelle « la mort » agissait comme le traumatisme constitutif d’un système mémoriel qui n’a pourtant jamais vécu l’événement dont il est d’avance le plus certain !
Cet hématome de notre propre « mort », cette empreinte du traumatisme absolu est d’autant plus liée à un événement archaïque qu’on n’a jamais vécu en tant que tel qu’il n’aura précisément jamais eu lieu « dans » le temps. Au contraire, c’est à partir de sa « trace-d’avant-naître » que naît en lui le battement pulsatif de notre conscience mortelle du flux temporel.
Ce traumatisme originaire de la mort, que nous nommerons ici « l’architraum », fait que nous vivons structurellement en tant que vivants sur terre comme des toujours-déjà-morts-vivants.
Et si l’on veut être honnêtement fou jusqu’au bout avec notre folie d’êtres prétendument rationnels, il faut dire que tout se passe comme si notre « mort » n’allait effectivement pas avoir lieu « après » notre vie, mais qu’elle avait déjà eu lieu, qu’elle s’était déjà jouée de nous, en nous, pendant notre naissance physique (?**), plus exactement sans doute, que nous avons déjà vécu notre mort à cette vie terrestre au moment de notre naissance définitive à la conscience de la mort, et que, par une anticipation compulsive, nous redoutons inconsciemment en permanence de renaître à la mort, de revivre l’instant du contact avec le fond de mort sur lequel repose toute notre vie…
Depuis 60 000 ans, ou plus, tels des fœtus morts-nés, nous mort-vivons génériquement dans le réduit peut-être affreusement minuscule, improbable, peut-être même totalement inexistant - qui sait ? -, d’un mur de terreur traumatique : le mur du temps.
Cet architraum de la naissance à la mort qu’est notre naissance à la naissance psycho-physique, et dont l’extraordinaire force de présomption commande l’économie entière du désir psychique depuis Néanderthal, (ou avant), - que l’on soit ou non « croyant » -, cette blessure originaire constitue la matière informulée du mur temporel.
En quelle langue cet architraum de la mort parle-t-il d’un bout à l’autre de la planète ? Cet architraum de l’angoisse existentielle n’est-il pas d’autant plus indicible qu’il serait l’origine même, informulable, du langage humain ?
Silence-tournant, l’imp(a)nsable, est le mouvement immobile de la traversée du mur du temps.
L’écriture cinématographique de la p(a)nsée est la technologie aveugle du gramma-traum - ou « condition humaine ».
À contre-flux, en cata-strophe, interruption anti-rythmique du traum, césure de notre tragédie : le silence-tournant. Quand, radicalement, l’œil-oreille-main se détourne du tournis des mots-et-des-images dans la chambre noire du cerveau, quand se fracture la pensée-désir qui croit dur comme fer aux finalités de son tournage, alors silence-tournant, la technologie visionnaire du « vu-vibré-vivant », se révèle toujours déjà immédiatement en train de « nous » silence-tourner.
« Rétrocéder » dans l’abîme de l’angoisse informulée. OUI. Pénétrer sans retour dans l’asphyxie de « l’angoisse existentiale », en laissant vaciller la systémique du traum(a) de la naissance et, perdant la face et les yeux de la vrille ciné-pensante, consentir au choc que le silence nous tourne déjà bien « avant » et « après » la fin de la fiction mensongère de notre « être-pour-la-mort ». Cet abîme...
Le silence-fission du tournage ne préalable rien de pensable.
Cette rétrocession a son site dans la zone-des-périls extrêmes de la conscience humaine, abouchée au nexus de l’angoisse-devant-la-mort. Elle implique l’émergence d’une anatomie subtile de l’imp(a)nsable, qui se « construit » de détruire-brûler-pénétrer la ciné-gramma-traumie de la mécanique pensante qui dit « je » en chaque point du réseau de la matrix temporelle.
Tout étant toujours déjà tournant, le film de cette cinécriture anti-cinématographique qui dés-écrit le « complexe » originaire humain est l’histoire vraie du silence-tournant en train de tourner nos vies exactement mon(s)trées telles qu’elles se dé-tournent du pire. Un pire qu’elles sécrètent automatiquement à l’encontre d’elles-mêmes : le film du monde tel qu’il se tourne en ce moment même dans le cinéma de nos consciences envoûtées...
* Mais la solidité de cette thèse officielle est aujourd’hui fortement ébranlée par deux anthropologues
(cf « L’histoire secrète de l’espèce humaine » de Michael Cremo et Richard Thompson, 2002, éd. Le Rocher)
(cf « L’histoire secrète de l’espèce humaine » de Michael Cremo et Richard Thompson, 2002, éd. Le Rocher)
** Rien n’est moins sûr si l’on en croit les dernières découvertes scientifiques sur la vie intra-utérine.
-)(- à suivre -()-
16:30 Publié dans l'effondrement du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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